Pourquoi ce texte ?
Ce texte restitue les échanges tels qu’ils ont eu lieu lors de la séance du 16 avril 2026. Chaque participant·e peut :
- ajouter ce qui manque à son récit,
- modifier les formulations qui ne correspondent pas à son vécu,
- compléter en disant : « Moi, j’ai vécu ça différemment. »
L’enjeu : garder la trace de nos paroles, avec leurs répétitions, leurs silences et leurs contradictions, pour en faire un matériel commun.
Contexte
La séance du mois de mai 2026 s’est tenue en visio, autour d’un thème aussi vaste que délicat : “Croire l’autre, se croire soi : le rapport à la vérité et au mensonge”. Les participants se sont réunis pour explorer, à travers leurs récits personnels et les échanges collectifs, ce qui nous pousse à croire, ou à douter, de ce que l’autre nous dit, et comment ce processus s’articule avec notre propre construction identitaire.
Objectif : Comprendre les mécanismes de la croyance non pas de manière abstraite, mais à partir des expériences concrètes de chacun, en laissant émerger les convergences, les divergences et les zones d’ombre.
Synthèse des échanges
La synthèse comme objet de croyance : quand le groupe devient miroir
D’emblée, les échanges ont révélé que le cadre même du séminaire jouait un rôle clé : le groupe n’était pas seulement un lieu de parole, mais un espace où la vérité de chacun pouvait être à la fois validée et remise en question. Plusieurs participants ont en effet souligné que dire son histoire devant autrui ne se réduisait pas à un simple acte de communication, c’était aussi, et peut-être surtout, une façon de se confronter à soi-même.
Idées clés :
- Le groupe agit comme un espace de résonance : ce qui est partagé y prend une dimension nouvelle. Ainsi, quand un participant évoque un vécu personnel, les réactions des autres (silences, hochements de tête, questions) deviennent autant de signes qui lui permettent de mesurer la pertinence ou la justesse de son récit. Comme si la vérité, pour exister pleinement, avait besoin d’être reconnue par autrui.
- Mais cette reconnaissance a un prix : elle implique de s’exposer, et donc de risquer de voir son histoire contestée, relativisée, ou même invalidée. Une participante a d’ailleurs noté avec une pointe d’ironie : “Ici, on ne me dit pas que je mens, mais parfois, je me demande si on me croit vraiment.”
- Le paradoxe du séminaire est alors apparu clairement : plus on se sent en confiance, plus on ose dire des vérités profondes, mais plus on réalise à quel point ces vérités sont fragiles. Comme l’a résumé un participant, “la vérité, ça se construit à plusieurs. Et parfois, elle se défait aussi à plusieurs.”
Citations anonymisées :
“Quand je raconte mon histoire ici, je me rends compte que je la crois moi-même seulement si les autres la croient aussi. Sinon, je me demande : est-ce que je me mens à moi-même ?”
“Le groupe, c’est comme une caisse de résonance : si ce que je dis fait écho, c’est que c’est vrai. Si ça ne fait pas écho, est-ce que c’est faux, ou est-ce que je n’ai pas encore trouvé les bons mots ?”
Points de convergence :
Tous ont reconnu que le cadre du séminaire, marqué par la confidentialité, la bienveillance et l’absence de jugement, permettait une parole plus libre. Pourtant, cette liberté s’accompagnait d’une exigence accrue : on ne pouvait plus se contenter de demi-vérités ou de formules toutes faites.
Points de divergence :
Si certains voyaient le groupe comme un lieu de confirmation (“Si plusieurs disent la même chose, c’est que c’est vrai”), d’autres y voyaient au contraire un lieu de déconstruction (“Justement, si tout le monde dit la même chose, il faut se méfier”).
Lien avec le thème suivant :
Or, cette tension entre besoin de validation et peur de l’exposition a naturellement conduit les échanges vers une question centrale : et si le mensonge, justement, était une façon de se protéger de ce trop-plein de vérité ?
Les mensonges : une cartographie des non-dits
C’est ainsi que la discussion a glissé vers une exploration des différentes formes de mensonge, comme si le groupe cherchait à cartographier un territoire complexe, où chaque type de non-dit répondait à une logique propre.
Idées clés :
- Le mensonge quotidien, d’abord, est apparu comme une stratégie de survie banale. Une participante a décrit comment mentir à son entourage (sur ses émotions, ses projets, ses échecs) lui permettait de protéger son espace intérieur. “Si je dis tout, je me sens nue, et les autres en profitent.” Le groupe a accueilli cette confidence sans jugement, tout en notant son coût psychologique : l’isolement, la fatigue de maintenir des versions différentes de soi.
- Mais le mensonge peut aussi être un acte d’amour, comme l’ont souligné plusieurs participants. Parfois, en effet, taire une vérité à un proche (un enfant, un parent malade) relève moins de la tromperie que de la bienveillance. “Parfois, la vérité, c’est trop lourd à porter pour l’autre.” Pourtant, cette bienveillance a un revers : celui qui ment porte seul le poids du non-dit, et ce fardeau peut, à la longue, devenir insupportable.
- À l’inverse, le mensonge créatif (celui de l’artiste, de l’écrivain, ou même de l’enfant qui invente des histoires) a été présenté comme une façon de dire une vérité que les mots ordinaires ne peuvent exprimer. “Le mensonge, c’est aussi une façon de dire une vérité que je ne peux pas exprimer autrement.” Le groupe a alors noté que la frontière entre mensonge et création était ténue : l’un comme l’autre impliquent de détourner la réalité pour mieux la révéler.
- Enfin, le mensonge structurel (celui des secrets familiaux, des non-dits transmis de génération en génération) a occupé une place importante dans les échanges. “On nous a appris à mentir sans même le savoir.” Et c’est là que les choses se compliquent : démêler ces mensonges, c’est souvent remettre en cause l’identité même de la famille, voire de soi-même.
Citations anonymisées :
“Le pire, ce n’est pas de mentir, c’est de se mettre à croire ses propres mensonges.”
“Dans ma famille, on ne disait pas ‘on ment’, on disait ‘on arrange la vérité’. Et aujourd’hui, je ne sais plus où est la frontière.”
“Parfois, je mens pour me protéger, mais au fond, je sais que c’est aussi une façon de protéger les autres de ma propre fragilité.”
Points de convergence :
Le groupe a unanimement reconnu que le mensonge n’est jamais neutre : il a toujours une fonction (protection, création, survie) et un prix (culpabilité, isolement, perte de confiance). De plus, tous ont admis que le mensonge peut être un langage à part entière, un moyen de communiquer ce qui ne peut pas l’être autrement.
Points de divergence :
Si certains voyaient le mensonge comme inévitable (“On ne peut pas tout dire”), d’autres le considéraient comme une trahison de soi (“Si je mens, je ne suis plus moi”).
Lien avec le thème suivant :
Or, ces réflexions sur le mensonge ont naturellement conduit le groupe à s’interroger sur l’origine de ces non-dits. D’où viennent-ils ? Et surtout, comment se transmettent-ils ? C’est ainsi que la discussion a dérivé vers la question de la transmission familiale.
La transmission familiale : silences, loyautés et dettes invisibles
Et c’est là que les récits sont devenus plus personnels, plus chargés d’émotion. Plusieurs participants ont en effet partagé des expériences où les non-dits familiaux avaient marqué leur vie de manière indélébile.
Idées clés :
- Les loyautés invisibles, tout d’abord, sont apparues comme un mécanisme puissant. Plusieurs ont décrit des situations où taire un secret familial (un adultère, une maladie, une adoption) était perçu comme un devoir sacré envers les générations précédentes. “Si je parle, je trahis ma mère. Si je ne parle pas, je trahis moi-même.” Le groupe a alors noté que ces loyautés, bien que souvent invisibles, pèsent lourd dans les choix de vie.
- L’effacement des histoires a aussi été évoqué avec force. Une participante a raconté comment une branche de sa famille avait été “effacée” des récits officiels, comme si elle n’avait jamais existé. “On m’a appris à ne pas poser de questions. Aujourd’hui, je me demande : est-ce que j’ai le droit de savoir ?” Cette question, simple en apparence, a résonné longtemps dans le groupe.
- Enfin, la dette du savoir a été soulignée : savoir la vérité peut devenir une charge, surtout quand cette vérité implique de remettre en cause l’image idéale qu’on avait de ses parents ou de ses ancêtres. “Ma grand-mère m’a dit un jour : ‘Il y a des choses qu’on emporte dans sa tombe.’ Aujourd’hui, je me demande si je veux porter ça, moi aussi.”
Citations anonymisées :
“Dans ma famille, on ne mentait pas, on omettait. Et c’est pire, parce que le non-dit, ça prend toute la place.”
Points de convergence :
La transmission familiale est rarement neutre : elle est souvent chargée de dettes, de loyautés, ou de peurs. De plus, le silence est aussi un langage, et parfois, le plus violent.
Points de divergence :
Si certains estimaient que briser le silence était un acte de liberté, d’autres y voyaient une violence envers ceux qui ont choisi de se taire.
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Ces réflexions sur les non-dits familiaux ont alors amené le groupe à s’interroger sur un autre aspect de la parole : et si le cadre du séminaire, justement, était un lieu où ces silences pouvaient enfin être rompus ? C’est ainsi que la discussion a glissé vers le parler de soi en groupe.
🔹 Le parler de soi en groupe : une méthodologie qui dérange et libère
Et c’est là que les participants ont commencé à prendre conscience de la force transformatrice du cadre lui-même. En effet, si les non-dits familiaux pèsent si lourd, c’est peut-être parce qu’ils n’ont jamais trouvé d’espace pour être dits.
Idées clés :
- La parole comme acte politique : Plusieurs ont souligné que prendre la parole en groupe, surtout pour celles et ceux qui ont été habitués à se taire, c’est s’autoriser à exister. “Ici, je peux dire ‘je’ sans avoir peur d’être jugée.” Le groupe a alors noté que cette simple possibilité était déjà, en soi, une révolution.
- L’effet miroir : Le groupe agit comme un accélérateur de conscience. Ce que dit un participant peut faire écho à un vécu personnel, ou au contraire, révéler une divergence que l’on n’avait pas remarquée. “Avant, je croyais que mes problèmes étaient uniques. Ici, je réalise qu’ils sont partagés, et ça, c’est à la fois un soulagement et une colère.”
- La peur de l’exposition : Malgré la bienveillance du cadre, certains ont exprimé leur crainte de trop en dire, ou de ne pas assez en dire. “Si je parle trop, je me sens vulgaire. Si je ne parle pas assez, je me sens lâche.” Le groupe a alors compris que la parole, même dans un cadre sécurisant, reste un acte courageux.
Citations anonymisées :
“Parler devant les autres, c’est comme se mettre à nu. Mais c’est aussi la seule façon de savoir si ce que je ressens est ‘normal’.”
Points de convergence :
Le groupe permet une parole plus libre, mais aussi plus exigeante : on ne peut pas se contenter de demi-mots. De plus, la parole collective a un effet transformateur : elle permet de dépasser l’isolement et de mieux se comprendre.
Points de divergence :
Si certains voyaient le groupe comme un lieu de guérison, d’autres le vivaient comme un lieu de confrontation avec leurs propres limites.
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Mais si le groupe permet de libérer la parole, il soulève aussi une question cruciale : que faire de cette parole une fois libérée ? Comment la mettre au service de ses relations avec les autres ? C’est ainsi que la discussion a dérivé vers la demande, le désir et la vérité.
Demande, désir et vérité : quand croire l’autre devient un enjeu relationnel
Et c’est là que les échanges ont pris une tournure plus intime, presque philosophique. En effet, croire l’autre, ou ne pas le croire, n’est pas un acte neutre : cela engage toute la relation, et même l’image que l’on a de soi.
Idées clés :
- La demande comme preuve de confiance : Plusieurs ont noté que demander quelque chose à l’autre (un conseil, une écoute, un engagement) c’est déjà lui accorder une forme de crédit. “Si je ne lui demande rien, c’est que je ne crois pas en lui.” **Le groupe a alors compris que la demande, aussi simple soit-elle, est un acte de vulnérabilité.
- Le désir de croire : Un participant a souligné que croire l’autre, c’est aussi vouloir croire, parce que la vérité de l’autre nous arrange, nous rassure, ou nous grandit. “Parfois, je crois ce qu’on me dit parce que j’ai besoin d’y croire.” Cette idée a fait écho dans le groupe : la croyance n’est pas seulement rationnelle, elle est aussi émotionnelle.
- La trahison comme risque inhérent : Mais croire l’autre, c’est aussi prendre un risque. “Si je me suis trompée sur lui, est-ce que je me suis trompée sur moi aussi ?” Le groupe a alors exploré la peur de l’erreur de jugement, et la façon dont elle peut paralyser les relations.
Citations anonymisées :
“Croire l’autre, c’est prendre un risque. Mais ne pas le croire, c’est déjà le condamner.”
“Je me rends compte que je crois plus facilement ceux qui me ressemblent. Est-ce que c’est de la confiance, ou de l’égoïsme ?”
Points de convergence :
Croire l’autre est un acte à la fois rationnel et émotionnel : on évalue les preuves, mais on écoute aussi son intuition. De plus, la confiance se construit dans le temps, mais peut être brisée en un instant.
Points de divergence :
Si certains pensaient que la confiance doit être absolue (“Si je doute, c’est que je ne fais pas confiance”), d’autres estimait qu’un doute sain est nécessaire (“Croire aveuglément, c’est se mettre en danger”).
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Mais si la confiance est au cœur des relations, elle l’est aussi au cœur de nous-mêmes. Et c’est là que les émotions les plus douloureuses peuvent surgir : la honte, la culpabilité, et leur cortège de silences.
Honte, culpabilité et vérité : les émotions qui bloquent ou libèrent la parole
Et c’est là que les échanges sont devenus les plus poissants. En effet, la honte et la culpabilité sont souvent les gardiennes des non-dits, celles qui nous empêchent de parler, ou qui nous poussent à mentir.
Idées clés :
- La honte comme obstacle : Plusieurs participants ont décrit comment la honte (de soi, de son passé, de ses actes) les empêche de parler. “Si je dis ça, ils vont me mépriser.” Le groupe a alors noté que cette honte est souvent liée à des mensonges intériorisés (“Je ne mérite pas d’être aimé(e)”). Et c’est un cercle vicieux : plus on a honte, moins on parle, et plus on a honte de se taire.
- La culpabilité comme moteur : À l’inverse, la culpabilité (de ne pas avoir dit, de ne pas avoir agi) peut pousser à la parole. “Je me suis tu trop longtemps. Aujourd’hui, je dois parler, même si c’est douloureux.” **Le groupe a alors compris que la culpabilité, aussi pénible soit-elle, peut être un moteur de vérité.
- La libération par la parole : Plusieurs ont partagé comment oser dire une vérité honteuse avait été un tournant dans leur vie. “Le jour où j’ai osé en parler, j’ai eu l’impression de renaître.” Mais cette libération a un prix : elle implique de faire face à ses propres jugements, et à ceux des autres.
Citations anonymisées :
“La honte, c’est comme une prison. Et la parole, c’est la clé.”
“Parfois, je me sens coupable de ne pas me sentir coupable. Est-ce que ça veut dire que je suis un monstre ?”
Points de convergence :
La honte et la culpabilité sont souvent liées à des mensonges, ceux qu’on nous a racontés, ou ceux qu’on se raconte à soi-même. De plus, la parole peut être un acte libérateur, mais aussi terrifiant.
Points de divergence :
Si certains voyaient la honte comme une protection (“Si j’ai honte, c’est que je sais encore faire la différence entre le bien et le mal”), d’autres la considéraient comme un piège (“La honte, c’est ce qui nous empêche d’avancer”).
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Mais si la honte et la culpabilité peuvent bloquer la parole, il arrive aussi que le corps prenne le relais. Et c’est là que les choses deviennent encore plus concrètes, et parfois, plus douloureuses.
Corps et psyché : quand la vérité se loge dans les symptômes
Et c’est là que la discussion a pris une dimension presque physique. En effet, le corps ne ment pas, ou du moins, il dit toujours quelque chose, même quand la parole se tait.
Idées clés :
- Le corps comme langage : Plusieurs participants ont décrit comment des maux physiques (maux de ventre, migraines, insomnies) étaient liés à des non-dits ou des mensonges. “Mon corps dit ce que je n’ose pas dire.” Le groupe a alors noté que le corps, souvent, est le dernier recours de la vérité.
- La somatisation comme signal : Une participante a partagé comment une maladie chronique avait été le déclencheur d’une remise en question de sa vie. “Mon corps m’a forcée à m’arrêter. Et c’est là que j’ai commencé à me poser les bonnes questions.” Cette idée a fait écho : parfois, il faut que le corps crie pour que l’esprit entende.
- La guérison par la parole : Le groupe a noté que mettre des mots sur ses maux peut avoir un effet apaisant sur le corps. “Depuis que j’en ai parlé, mes douleurs ont diminué.” Mais attention : ce n’est pas magique. La parole ne guérit pas tout, mais elle ouvre la voie.
Citations anonymisées :
“Mon corps se souvient de ce que mon esprit a oublié.”
“Parfois, je me demande si mes maladies ne sont pas juste des mensonges que je me raconte pour éviter d’affronter la vérité.”
Points de convergence :
Le corps et l’esprit sont indissociables : ce qu’on ne dit pas, le corps le manifeste. De plus, la parole peut être un premier pas vers la guérison.
Points de divergence :
Si certains voyaient les symptômes physiques comme des messages à décoder, d’autres les considéraient comme des punitions pour ne pas avoir dit la vérité plus tôt.
Points saillants et questions ouvertes
Ce qui a émergé comme important
Au fil des échanges, plusieurs idées fortes ont émergé, comme des fils rouges qui reliaient entre elles les différentes parties de la discussion.
- Le mensonge n’est pas l’ennemi de la vérité : au contraire, il peut en être un chemin détourné. Comme l’a souligné un participant, “Parfois, on ment pour dire une vérité qu’on ne peut pas exprimer autrement.” Et c’est là que réside toute la complexité : le mensonge, dans certains cas, est un langage à part entière.
- La confiance en l’autre passe par la confiance en soi : “Si je ne me crois pas moi-même, comment veux-tu que les autres me croient ?” Cette phrase, simple en apparence, a résonné longtemps dans le groupe.
- Le groupe comme espace de révélation : Les échanges ont montré que la parole collective permet de dépasser les isolations individuelles et de mieux cerner ses propres vérités. En somme, le séminaire est apparu comme un laboratoire de la confiance, en soi et en les autres.
- La transmission familiale comme terreau des non-dits : Les secrets de famille, les loyautés invisibles et les dettes du savoir pèsent sur les générations suivantes, souvent sans qu’elles en aient conscience. Et c’est là que le travail de parole devient crucial : pour briser la chaîne des silences.
- Le corps comme dernier recours : Quand la parole est impossible, le corps prend le relais, et ses symptômes deviennent des appels à l’aide, des signaux d’alarme qu’il faut savoir décoder.
Questions qui restent en suspens
Mais si des réponses ont émergé, de nombreuses questions restent ouvertes, et c’est peut-être là la richesse de ces échanges.
- Peut-on tout dire ? Ou y a-t-il des vérités trop lourdes, trop intimes, ou trop dangereuses pour être partagées ? Et si oui, qui décide de cette limite ?
- Comment concilier le besoin de vérité et le respect de l’intimité, la sienne comme celle des autres ? Où place-t-on la frontière entre transparence et discrétion ?
- Le mensonge est-il toujours un mal ? Ou peut-il, dans certains cas, être un acte de création, de protection, ou même d’amour ? Et si oui, comment le distinguer d’un mensonge toxique ?
- Jusqu’où peut-on aller dans la remise en question des récits familiaux sans risquer de détruire les liens qui nous unissent ? La vérité vaut-elle toujours le prix de la rupture ?
- Comment distinguer la honte légitime (celle qui nous protège) de la honte toxique (celle qui nous paralyse) ? Et surtout, comment s’en libérer ?
Conclusion et pistes pour la suite
Bilan de la séance
Cette séance aura été riche en révélations, non pas parce que des réponses définitives ont été trouvées, mais parce que les bonnes questions ont été posées. Les échanges ont montré que croire l’autre, comme se croire soi-même, est un processus dynamique, fait de doutes, de remises en question, et parfois de révélations inattendues.
Le groupe est apparu comme un espace unique : un lieu où la parole de chacun contribue à éclairer celle des autres, où les non-dits peuvent enfin être dits, et où la vérité, aussi complexe soit-elle, peut être explorée sans jugement.
Comme l’a noté une participante en fin de séance : “Finalement, croire l’autre, c’est aussi une façon de se croire soi.” Et c’est peut-être là tout l’enjeu : la quête de vérité est indissociable de la quête de soi.
Pistes pour les prochaines séances
Pour poursuivre cette exploration, plusieurs pistes ont été proposées :
- Approfondir la question des mensonges structurels : Comment les grands récits familiaux ou sociaux (religion, tradition, idéologies) façonnent-ils nos propres rapports à la vérité ? Et comment s’en émanciper sans tout rejeter ?
- Explorer le lien entre mensonge et création : En quoi l’art, l’écriture, ou l’imaginaire peuvent-ils être des espaces de vérité alternative ? Et comment ces créations, à leur tour, nous aident-elles à mieux nous comprendre ?
- Travailler sur les non-dits du corps : Comment écouter les symptômes physiques comme des messages à décoder ? Et comment la parole peut-elle aider à apaiser ces maux ?
- Aborder la question de la réparation : Quand un mensonge ou un non-dit a fait du mal, comment restaurer la confiance, en soi-même comme envers les autres ? La vérité suffit-elle, ou faut-il aussi des actes ?
Remerciements
“Merci à tous les participants pour leurs partages, leur écoute et leur confiance. Ces échanges, aussi difficiles soient-ils parfois, sont une preuve que la parole peut être à la fois un miroir et une fenêtre, un miroir où se reconnaître, et une fenêtre pour voir plus loin. Et c’est précisément cette dualité qui en fait toute la valeur.”
Détails Pratiques
Dates des rencontres : 20 septembre 2025, 18 octobre 2025, 15 novembre 2025, 17 janvier 2026, 21 février 2026, 21 mars 2026, 18 avril 2026, 16 mai 2026.
Heures : De 16h à 18h (heure française).
Pour lire l'ensemble des travaux
- L’argumentaire et inscription : cliquez ici
- Point d’étape: cliquez ici
- Première séance: Autour du croire cliquez ici
- Seconde séance: Croire & Parole cliquez ici
- Troisième séance: Croire & Foi cliquez ici
- Quatrième séance: Croire & corps cliquez ici
- Cinquième séance: Comment croit-on encore qu’on appartient à sa mère à 50 ans ? cliquez ici
- Sixième séance : « Le père, ce tiers qui déplace les croyances » cliquez ici
- Septième séance: « Croire en les traces issues de sa lignée : Transmission, loyautés et rébellions » cliquez ici
- Huitième séance: « Croire l’autre, se croire soi » cliquez ici
Christine Jeudy | Psychanalyste | Besançon