15 novembre 2025 – en visioconférence
1 Reprise après interruption : le temps entre les séances
La séance s’ouvre après un intervalle plus long que d’habitude entre deux rencontres. Plusieurs participants évoquent ce temps comme ayant produit des effets, sans que ceux-ci aient été immédiatement formulés. La reprise met en évidence un décalage entre ce qui a été vécu lors de l’échange oral et ce que la lecture permet de retrouver après coup. Certains disent avoir été surpris par la densité des échanges ; d’autres évoquent un apaisement ou un déplacement par rapport à ce qu’ils avaient ressenti sur le moment. Ce qui a été éprouvé pendant la séance ne se superpose pas exactement à ce qui se dégage à la relecture. Ce décalage n’est ni corrigé ni comblé. Il est accueilli comme faisant partie du travail, et comme une dimension propre au temps entre les séances, où quelque chose continue de se déplacer sans être immédiatement mis en mots.
2 Polyphonie: Désaccords maintenus et cadre de parole
Dans cette reprise, un point est explicitement nommé : les mots « croire », « foi » et « parole » n’ont pas été entendus de la même manière par tous lors de la séance précédente. Cette diversité d’ententes est rappelée comme constitutive du groupe. Il est souligné que ces différences ont pu se dire sans disqualification, sans tentative de convaincre, et sans recherche d’un accord commun. Le cadre de parole est réaffirmé : chacun peut prendre la parole ou choisir de ne pas la prendre. Cette possibilité est rappelée comme essentielle au fonctionnement du groupe. Dans le même temps, une tension est formulée concernant la répartition des prises de parole. Elle est exprimée à la première personne, comme relevant de celle qui la nomme, sans appel à une régulation collective immédiate.
Cette tension ouvre néanmoins un espace de vigilance partagé sur la circulation de la parole et sur le désir d’entendre certaines voix moins présentes. Elle est posée comme un point d’attention, sans qu’il soit question d’y apporter une réponse immédiate ou normative.
3 Du croire à l’expérience corporelle
À partir de la reprise de la séance précédente, le thème croire et corps émerge progressivement dans les paroles. La question du croire s’ancre dans des situations concrètes, liées au corps vécu, éprouvé, surveillé ou soulagé. Le corps se présente comme un lieu d’expérience où le croire prend forme dans la vie ordinaire. Plusieurs prises de parole décrivent des situations où le rapport au corps passe par l’intervention d’un autre. Il est question de consultations médicales, de suivis réguliers, de résultats d’examens et de paroles prononcées par des professionnels. Ces paroles participent directement à la manière dont chacun se situe corporellement à un moment donné. Dire « tout va bien » ou évoquer un risque produit un apaisement ou une inquiétude immédiate, et vient modifier la perception du corps.
Dans ces récits, le corps apparaît inscrit dans un ensemble de paroles, de regards et d’avis extérieurs. Croire que son corps va bien, ou qu’il traverse une difficulté, se construit souvent à partir de ce qui est entendu de la bouche d’un autre. Certains évoquent un soulagement marqué à la sortie d’un rendez-vous médical ; d’autres soulignent combien l’attente de ces paroles mobilise le corps et l’attention. Ce mouvement met en évidence le corps comme un lieu de circulation entre soi et l’autre. Il est question de manifestations physiques, mais aussi de reconnaissance, de validation et de confiance accordée à une parole extérieure. Le croire se déploie alors dans des gestes concrets : se rendre à un rendez-vous, faire un examen, écouter un diagnostic, attendre un résultat. Le corps accompagne ces actes autant que les mots qui les entourent. Dans ce contexte, les sensations corporelles et les paroles entendues s’articulent étroitement. Certains parlent du besoin d’entendre, de l’extérieur, que « ça va » pour pouvoir l’intégrer à leur propre ressenti. D’autres évoquent la relation au dispositif technique ou au protocole comme une expérience engageant la confiance et la maîtrise. Le croire circule ainsi entre appui, délégation et appropriation, sans hiérarchie établie.
Progressivement, le corps devient un terrain où le croire se manifeste : croire un résultat, croire une parole, croire un dispositif, croire un regard. Ce déplacement accompagne la suite de la séance et maintient la question du croire dans une expérience vécue, située et relationnelle.
4 Corps contraint, corps surveillé, corps délégué
Le corps est évoqué à plusieurs reprises comme inscrit dans des contraintes concrètes du quotidien. Des récits font état de maladies chroniques nécessitant des soins réguliers, de traitements suivis dans la durée et de gestes répétés jour après jour. Il est question de piqûres, de dispositifs techniques, de machines qui mesurent, calculent, alertent et signalent. Ces éléments prennent place dans la vie ordinaire et en structurent le rythme, parfois jusque dans la nuit. La surveillance du corps apparaît comme une activité continue. Certains décrivent une vigilance constante, une attention portée aux chiffres, aux indicateurs et aux signaux envoyés par des appareils. Cette surveillance s’inscrit dans une volonté de préserver sa santé, d’éviter d’éventuelles complications et de maintenir un équilibre corporel. Elle mobilise une énergie soutenue et s’accompagne d’un effort prolongé. Cette surveillance est décrite comme porteuse d’effets contrastés. Elle peut soutenir un sentiment de sécurité, donner des repères et permettre des ajustements précis. Elle peut aussi occuper une place importante dans le quotidien, rappeler la présence persistante de la maladie ou de la fragilité du corps, et solliciter fortement l’attention.
Le rapport aux dispositifs techniques met en lumière différentes expériences de la maîtrise. Le geste direct, agir soi-même sur son corps, est associé à un sentiment de prise en main et d’implication personnelle. La délégation à une machine ouvre une autre expérience, où le corps est confié à un dispositif qui calcule, décide et alerte. Les alarmes et les automatismes viennent alors rythmer les journées et s’inscrire dans l’organisation de la vie courante. Ce passage du geste à la machine est également formulé en termes de subjectivité. Certains disent se situer différemment par rapport à leur corps lorsque la gestion repose sur un dispositif technique, même lorsque celui-ci apporte des résultats satisfaisants. La coexistence entre efficacité mesurable et vécu corporel est explicitement évoquée. La question de la maîtrise traverse l’ensemble de ces récits. Elle circule entre action directe et délégation, entre contrôle recherché et adaptation aux contraintes. Cette oscillation est décrite comme une expérience vécue, marquée par des affects variés, sans qu’un mode de fonctionnement ne s’impose comme définitif.
Le corps apparaît ainsi engagé dans plusieurs registres à la fois : corps à surveiller, corps à soigner, corps à confier, corps à accompagner. Ces registres coexistent et se combinent dans l’expérience quotidienne, sans hiérarchie établie. La séance du séminaire, en laisse apparaître la complexité telle qu’elle se présente dans les récits.
5 Apparition du symptôme sans fixation
Le symptôme apparaît à plusieurs reprises au fil des échanges, à partir de situations concrètes liées au corps vécu au quotidien. Il est évoqué comme une manifestation qui s’impose dans l’expérience corporelle, venant modifier les rythmes habituels, les gestes ou les façons de faire. Sa présence est rapportée à partir de ce qu’elle produit dans la vie ordinaire.
Plusieurs paroles décrivent le symptôme comme une expérience engageant le corps de manière directe. Il peut conduire à ralentir, à s’arrêter, à ajuster certaines pratiques ou à porter une attention particulière à ce qui se passe corporellement. Cette présence mobilise l’énergie et s’inscrit dans la durée, notamment à travers la répétition des soins ou de la vigilance nécessaire. Le symptôme est également évoqué comme une limite concrète. Il marque un seuil dans le fonctionnement habituel du corps et invite à prendre acte d’un changement de rythme ou de capacité. Cette limite est décrite à partir de situations vécues, sans être développée comme une catégorie générale. Par endroits, le symptôme apparaît aussi comme un signal. Il indique qu’un équilibre se modifie ou qu’une adaptation devient nécessaire. Cette dimension est mentionnée sans être interprétée ni traduite en signification. Elle reste attachée à l’expérience telle qu’elle est racontée.
Le symptôme reste intégré aux récits, au même titre que les autres manifestations du corps, et circule dans les échanges sans être isolé. Son apparition demeure ouverte. Elle est reconnue dans ses effets, dans sa récurrence et dans la place qu’elle occupe dans l’expérience corporelle.
6 Le corps maternel comme point de retour
Lorsque le corps est abordé au cours de la séance, un fil revient de manière récurrente dans les paroles : le lien au corps de la mère. Ce retour se fait sans annonce préalable, à partir des expériences évoquées, dès lors que sont abordées les questions de limites, de contraintes et de relations corporelles. Plusieurs participants évoquent le fait d’avoir été, un jour, dans le corps d’une autre, et la manière dont cette expérience continue de marquer leur rapport au corps. Ce lien est formulé à partir de situations concrètes. Il est question de proximité, d’attachement, de continuité corporelle, mais aussi de mouvements de différenciation. Certains évoquent des expériences de répétition, d’autres parlent de sensations de saturation ou de fatigue dans la relation. Ces récits rendent compte d’un va-et-vient entre lien et séparation, entre présence persistante et besoin de distance.
Plusieurs paroles mettent également en jeu la question de l’appartenance. Il est dit combien la croyance d’appartenir au corps de sa mère peut rester active bien au-delà de l’enfance, y compris à l’âge adulte. Cette appartenance n’est pas posée comme une évidence biologique, mais comme une construction qui continue d’agir dans le rapport au corps, aux limites et à l’autonomie. Le corps de la mère apparaît ainsi comme un point autour duquel se rejouent des expériences de limite et de séparation. Il est évoqué à travers des souvenirs, des scènes de la vie quotidienne ou des relations actuelles. Ces évocations prennent des formes variées, concernent aussi bien des femmes que des hommes, et traversent les âges.
Ce retour du corps maternel, le groupe en constate la présence, la persistance et les effets. Le corps maternel circule ainsi dans la séance comme un point de référence récurrent, associé à la question de l’appartenance, de la séparation et des limites, sans être fixé comme un axe clos du travail.
7 Théâtre, rôle et déplacement
Le théâtre apparaît au cours de la séance comme une expérience mobilisée par certains participants pour parler du rapport au corps et à la place que l’on occupe. Il est évoqué à partir de pratiques concrètes : ateliers, exercices de scène, travail collectif. Ces expériences sont décrites comme engageant le corps autrement que dans les échanges verbaux habituels. Plusieurs paroles distinguent différentes manières d’entrer dans le jeu théâtral. Jouer un rôle écrit par un autre, entrer dans une forme déjà donnée, est présenté comme apportant un appui et un cadre. Cette forme permet de s’inscrire dans un rôle existant, de s’y tenir, et d’éprouver le corps dans un espace balisé. À l’inverse, l’improvisation est évoquée comme une expérience plus exposante, mobilisant davantage le corps et la parole sans support préalable.
Ces expériences donnent lieu à des descriptions contrastées. Le cadre fourni par un rôle écrit est associé à un certain confort, tandis que l’absence de cadre est décrite comme engageant plus directement la personne (pour l’impro par exemple). Ces différences ne sont pas hiérarchisées ; elles permettent de nommer des façons distinctes d’habiter une situation et de se tenir corporellement dans un groupe.
À partir de ces récits, une question circule : celle de la place occupée dans sa propre histoire. Certains évoquent le fait de se vivre comme acteur d’une histoire déjà écrite (par leurs parents, d’autres ancètres…), d’autres parlent du mouvement vers une position d’auteur de leur trajectoire (à entendre d’avoir suivi un passage d’acteur d’un texte écrit pour eux à la posture d’auteur d’un morceau de sa vie). Le théatre permet de mettre en jeu le corps, le cadre et le rôle, et d’observer ce que cela produit dans la manière de se situer, sans être présenté comme une solution ni comme un modèle à suivre.
8 Circulation, saturation et limites
Au fil de la séance, plusieurs tensions apparaissent dans les échanges et circulent entre les prises de parole. Elles se manifestent à partir de situations concrètes, liées aux relations, aux contextes de soin, aux espaces collectifs ou familiaux. Il est question de proximité, de présence soutenante, mais aussi de moments où cette proximité devient difficile à tenir. Certains récits évoquent des situations où la présence de l’autre est vécue comme nécessaire, contenante ou structurante. D’autres mettent en lumière des moments où cette même présence occupe une place trop importante, mobilise excessivement l’attention ou laisse peu d’espace. La parole participe de ce mouvement : elle peut soutenir, accompagner, permettre de tenir, et aussi occuper, saturer ou envahir. Le corps est directement engagé dans ces expériences. Il est décrit tantôt comme porté par la relation, tantôt comme sollicité de manière intensive. Ces états ne sont pas présentés comme fixes ; ils se déplacent selon les situations, les moments et les personnes. Une même relation peut ainsi être vécue comme soutenante à un moment et comme saturante à un autre.
Il est relevé que ces questions de circulation, de saturation et de limite ne se ferment pas dans le temps d’une séance. Elles se déplacent dans le temps, se transforment et reviennent à partir d’expériences nouvelles. La séance en accueille la présence comme un élément du travail en cours, appelé à se poursuivre.
9 Clôture et ouverture vers la suite
En fin de rencontre, un temps est consacré à dire comment chacun repart de ce travail. Différents ressentis sont exprimés : une impression de densité liée à la richesse des échanges, de la fatigue en lien avec l’engagement corporel et attentionnel, mais aussi un soulagement et une satisfaction à l’égard de la qualité de la circulation de la parole. Le format de la rencontre est évoqué comme ayant contribué à cette dynamique. La taille plus restreinte du groupe est décrite comme ayant favorisé une parole plus fluide et une écoute plus continue. Cet élément est reconnu comme ayant influencé le déroulement des échanges, sans être posé comme un modèle à généraliser.
Un temps est ensuite pris pour envisager la suite du travail. Deux pistes émergent à partir de ce qui a circulé : poursuivre autour de la question du symptôme, ou approfondir le lien au corps maternel.
Le groupe fait alors le choix collectif de travailler, lors de la prochaine rencontre, sur la question suivante : comment croit-on qu’on appartient à sa mère, encore à 50 ans ? Cette formulation est retenue comme point de départ, en continuité directe avec les éléments apparus au cours de la rencontre.
Prochaine séance : « Comment croit-on qu’on appartient à sa mère, encore à 50 ans ? »
Détails Pratiques
Dates des rencontres : 20 septembre 2025, 18 octobre 2025, 15 novembre 2025, 17 janvier 2026, 21 février 2026, 21 mars 2026, 18 avril 2026, 16 mai 2026.
Heures : De 16h à 18h (heure française).
Pour lire l'ensemble des travaux
- L’argumentaire et inscription : cliquez ici
- Point d’étape: cliquez ici
- Première séance: Autour du croire cliquez ici
- Seconde séance: Croire & Parole cliquez ici
- Troisième séance: Croire & Foi cliquez ici
- Quatrième séance: Croire & corps cliquez ici
Christine Jeudy | Psychanalyste | Besançon