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Séminaire de psychanalyse libre et open source 2025–2026

Troisième séance: Croire & Foi

15 novembre 2025 – en visioconférence

Séance 3 - croire et foi

1 Reprise de l'écrit, ajustements et mise en continuité du travail

La séance s'ouvre par un temps de reprise autour de l'écrit transmis au groupe, ainsi que de l'article de blog publié à partir des séances précédentes. Il s'agit de recueillir ce que cet écrit produit chez les participantes, ce qu'il restitue de leur expérience, mais aussi ce qu'il laisse de côté. L'enjeu est de vérifier si le texte permet de faire fil rouge avec le travail engagé collectivement, et d'identifier ce qui appelle à être complété ou retravaillé.

Une participante prend la parole pour dire que le texte lui paraît juste et bien écrit, mais qu'un point important de son intervention lors de la séance précédente n'y figure pas. Elle revient alors sur un moment précis qu'elle considère comme essentiel. Il s'agit d'une parole reçue de son conjoint à propos de son corps, formulée de manière dévalorisante, et liant explicitement le désir à une transformation corporelle attendue. Elle précise que cet épisode avait été travaillé collectivement pendant la séance et que son absence dans le texte lui paraît problématique. Ce qu'elle met en avant, c'est que cette parole ne surgit pas de manière isolée. Elle vient faire écho à une représentation déjà installée de son propre corps, construite au fil de son histoire et notamment après ses grossesses. Elle décrit un rapport au corps marqué par la honte, le rejet et une difficulté à accepter ce corps tel qu'il est devenu. Elle insiste sur le fait que la parole de l'autre s'est appuyée sur quelque chose de déjà présent en elle, une représentation négative antérieure, qui existait avant même que cette parole soit prononcée. Elle souligne également que ce mécanisme lui semble repérable chez d'autres personnes et qu'il ne relève pas uniquement de son expérience singulière. À partir de là, elle demande si ce point pourrait être formulé et intégré au texte, afin que l'écrit rende compte de cette articulation entre parole reçue et représentation préalable du corps. Il lui est répondu que l'écrit n'est pas figé et qu'il peut être retravaillé. Il est proposé que cette participante formule un passage à partir de ce qu'elle souhaite voir apparaître, que ce passage soit relu et discuté collectivement, puis intégré à l'ensemble du texte.

Ce temps d'échange permet de réaffirmer le cadre du travail. Les textes issus du séminaire ne sont pas des productions closes, mais des supports d'élaboration qui peuvent être repris, ajustés et déplacés à partir de ce qui émerge dans le groupe.

Les retours des participantes présentes à la séance, comme ceux de celles qui n'y étaient pas, ont toute leur place, parce qu'ils permettent de mesurer comment le texte est reçu et s'il parvient ou non à transmettre l'expérience collective.

Le groupe est ensuite invité à dire s'il y a d'autres manques, compléments ou envies concernant l'écrit. Ce temps de reprise fait fonction de seuil avant l'entrée dans le travail du jour. Il est rappelé qu'il n'y a aucune obligation de prendre la parole et que ce moment est distinct de l'axe de travail qui va suivre.

La transition s'opère alors vers la poursuite du séminaire. Après deux premières séances consacrées à l'exploration du croire à partir de scènes concrètes de la vie quotidienne, de gestes, de paroles, d'images et d'expériences corporelles, il est rappelé que le groupe s'est engagé dans un travail au long cours, pensé sur une année entière. Les séances précédentes ont permis de mettre en évidence que le croire ne relève pas seulement de l'opinion ou de l'idée, mais qu'il engage le corps, les affects, la honte, la peur, le soulagement, et parfois les conditions mêmes de la vie psychique. La séance précédente avait plus particulièrement travaillé le lien entre croire et parole. Il avait été mis en commun que certaines paroles peuvent s'inscrire durablement, se coller au sujet et devenir opérantes, parfois au point d'organiser une trajectoire de vie. Des exemples avaient permis de repérer comment certaines phrases fonctionnent comme des prophéties intérieures, qu'elles soient destructrices ou, plus rarement, porteuses. Il avait également été souligné que ces paroles n'agissent jamais seules, mais qu'elles trouvent toujours un terrain d'accueil, une vulnérabilité ou une attente préalable sur laquelle elles viennent s'ancrer. C'est à partir de ce chemin déjà parcouru que la séance du jour s'ouvre sur un nouvel axe de travail, celui du croire et de la foi, dans la continuité directe de ce qui a été élaboré jusque-là. Il est précisé que l'enjeu n'est pas de définir ce que serait la foi, ni d'en proposer une lecture théorique ou doctrinale. Il ne s'agit pas non plus d'entrer dans un débat opposant croyants et non-croyants, ou de hiérarchiser différentes formes de croyance. Ce qui est proposé, c'est que chacune et chacun puisse parler à partir de son propre rapport au croire et à la foi, tel qu'il s'est construit dans son histoire, dans son corps, dans ses expériences, ses épreuves ou ses appuis. Il est rappelé que parler de soi peut prendre des formes multiples. Cela peut passer par un récit de vie, un souvenir, un rêve, une situation du quotidien, mais aussi par une lecture ou une référence, dès lors que celle-ci a été investie subjectivement et qu'elle a produit un effet pour la personne qui en parle. L'enjeu n'est pas de rapporter un savoir constitué, mais de dire ce que cela fait, ce que cela engage, ce que cela soutient ou met en tension.

Le cadre habituel de la parole est réaffirmé. Il n'y a pas d'obligation de prendre la parole. Les interventions sont accueillies sans jugement négatif. Les réactions aux propos d'autrui sont possibles à condition qu'elles restent ancrées dans l'expérience personnelle et qu'elles ne visent ni à corriger ni à convaincre. L'objectif est de permettre une mise en commun des paroles, dans une logique de polyphonie, où des positions différentes peuvent coexister sans se disqualifier. C'est dans ce cadre que la parole est ouverte et que le travail autour de l'axe « croire et foi » commence à se déployer.

2 Foi comme persévérance en psychanalyse : croire en soi et croire en un analyste

Une participante ouvre le tour de parole en situant la question du croire et de la foi du côté de son expérience analytique. Elle raconte être entrée en psychanalyse dans un état de grande souffrance, avec des symptômes envahissants qu'elle vivait comme un véritable calvaire. Son attente était claire et sans détour : elle voulait que les symptômes disparaissent. Elle évoque un parcours long, étalé sur de nombreuses années, marqué par des changements de praticiens, des moments de découragement et une persévérance qu'elle qualifie elle-même de tenace. Cette première prise de parole situe la question du croire et de la foi dans un champ particulier, celui de l'expérience psychanalytique. Elle n'épuise pas la question, mais ouvre un premier espace de travail, à partir duquel d'autres champs et d'autres usages du mot pourront se déployer au fil du tour de parole.

Elle rapporte un moment particulier où une analyste lui a dit qu'il faudrait peut-être apprendre à vivre avec le symptôme, qu'il y aurait toujours quelque chose qui resterait. Elle explique qu'elle n'a pas cru à cette parole, qu'elle l'a même refusée intérieurement. Pour elle, entrer en analyse ne pouvait pas signifier accepter de rester symptomatique. Elle dit qu'elle ne croyait pas à cette issue et qu'elle a continué à chercher, portée par une conviction très forte qu'une autre voie était possible. Ce qu'elle met en avant, c'est la nécessité de croire, à la fois en elle-même et en un autre. Elle parle d'un besoin de croire en la compétence d'un analyste, en la possibilité qu'un travail analytique bien mené puisse réellement transformer quelque chose. Elle insiste sur le fait que cette croyance n'était pas naïve ni passive, mais engagée, soutenue par un désir de s'en sortir. Elle dit que sans cette foi, elle aurait probablement renoncé, continué à prendre des médicaments et vécu sous l'emprise de l'angoisse. Elle témoigne aujourd'hui d'un apaisement réel. Les symptômes ont disparu, même s'il peut encore arriver qu'une angoisse surgisse brièvement. Elle insiste sur le fait que ce chemin n'aurait pas été possible sans cette persévérance, sans ce croire répété qu'elle pouvait y arriver. Elle formule clairement que cette foi ne s'est pas seulement logée dans un savoir ou une méthode, mais dans des personnes, dans des analystes successifs en qui elle a pu, à un moment donné, placer sa confiance. Elle parle aussi de rencontres déterminantes, de la manière dont elle a senti, parfois immédiatement, qu'un analyste pouvait l'entendre, la contenir et la comprendre.

Dans cette prise de parole, la foi apparaît comme un moteur, une force qui soutient le travail dans la durée. Elle n'est pas décrite comme une croyance abstraite, mais comme une persévérance incarnée, une manière de ne pas céder face à la souffrance et de continuer à chercher une issue. La foi se formule ici comme un croire actif, orienté vers la transformation, qui engage le sujet dans son propre devenir.

3 "J'ai foi en toi" : crédit accordé à l'autre, autonomie, et ombre de la maîtrise

Une autre participante prend la parole en résonance avec ce qui vient d'être dit, mais en déplaçant sensiblement l'usage du mot foi. Elle part d'une expression qui lui vient spontanément, « j'ai foi en toi », et s'arrête sur ce que cette formule engage pour elle. Elle y entend l'idée d'accorder du crédit à l'autre, de reconnaître une valeur chez celui ou celle qui est en face, sans savoir à l'avance ce que cette valeur va produire ni comment elle va se déployer. Dans ce qu'elle dit, avoir foi en l'autre ne signifie pas attendre un résultat, ni maîtriser un devenir. C'est plutôt accepter de ne pas contrôler ce que l'autre fera de cette confiance. Elle associe cette idée à une manière d'être en relation qui vise à permettre à l'autre d'advenir de façon autonome, sans contrainte excessive, sans chantage affectif et sans rapport de domination. La foi est alors entendue comme un geste relationnel, qui engage celui qui fait confiance autant que celui qui la reçoit.

En parlant de cela, elle repère une tension en elle-même. Elle dit percevoir combien elle est traversée par des mouvements de maîtrise et de contrôle, notamment dans sa relation à ses enfants. Elle précise qu'elle ne parle pas tant de ses actes quotidiens que de ce qu'elle porte intérieurement, de ce qui travaille en elle en sourdine. Cette tension entre le désir de faire confiance et la tentation de maîtriser apparaît comme un point sensible de son rapport à la foi telle qu'elle la nomme.

Elle élargit ensuite sa réflexion en évoquant des formes de foi qu'elle perçoit comme plus problématiques. Elle parle notamment d'un croire qu'elle qualifie d'aveugle, par exemple dans certains discours médicaux ou institutionnels, où l'engagement du sujet peut se faire au prix d'un renoncement à sa propre capacité de penser. Elle distingue ce type de croire d'autres formes de foi, y compris religieuses, lorsqu'elle a le sentiment que les personnes qui en parlent restent sujettes de leur parole et ne se vivent pas comme prises ou dominées par un autre. Dans cette prise de parole, la foi se déplace ainsi vers un registre relationnel et éthique. Elle n'est plus seulement ce qui soutient une persévérance face à la souffrance, mais ce qui se joue dans le lien à l'autre, entre confiance et contrôle, autonomie et emprise. Ce déplacement fait apparaître l'ombre de la maîtrise comme une question centrale, non pour être résolue, mais pour être reconnue comme telle dans l'expérience subjective.

4 Théologie : foi comme don de l'Autre et abolition du doute

Une participante intervient en situant son propos explicitement dans le champ de la théologie. Elle précise que, dans cette tradition, la foi est bien une modalité du croire, mais qu'elle s'en distingue par un point essentiel. La foi n'est pas un choix du sujet, ni une décision volontaire, mais un don qui vient de l'Autre. Elle insiste sur le fait que ce caractère de don modifie profondément la manière de comprendre ce qui se joue dans l'expérience de la foi. Dans ce cadre, la foi n'est pas quelque chose que l'on décide d'avoir ou de ne pas avoir. Elle s'impose, elle engage le sujet au-delà de sa volonté, et elle vient restructurer le rapport à la parole, à l'intimité et à la vie elle-même. Elle parle de la foi comme d'un appel, parfois difficile à porter, qui peut susciter de la résistance, du rejet, voire le désir de s'en débarrasser. Elle évoque le poids que peut représenter cet engagement, et le conflit intérieur qu'il génère.

Elle distingue clairement la foi des autres mouvements du croire, tels que la confiance, la crédulité ou la conviction. Ces derniers sont décrits comme des mouvements du sujet, qui peuvent évoluer, se discuter, se réviser. La foi, telle qu'elle la décrit dans le champ théologique, ne fonctionne pas sur ce registre. Elle ne relève pas d'un croire qui supporterait le doute de la même manière. Elle va jusqu'à dire que la foi vient abolir le doute, non pas en apportant des réponses rationnelles, mais parce qu'elle s'impose comme une évidence intérieure qui ne se discute pas sur le même plan. Elle précise que cette distinction est importante pour elle, notamment lorsqu'il s'agit d'entendre certaines expressions courantes. Elle affirme par exemple qu'il n'est pas pertinent, dans ce cadre, de parler de foi en la médecine ou de foi en la science. On peut croire, faire confiance, exercer un discernement, mais la foi, au sens théologique, engage autre chose. Elle engage la totalité de la vie du sujet et son rapport le plus intime à la parole et à l'Autre.

Dans son intervention, elle relie cette conception de la foi à son propre engagement. Elle évoque la manière dont cette foi l'amène à se soucier des autres, à se mettre au service, parfois au prix de renoncements personnels. Elle souligne que ce mouvement ne relève pas d'un idéal moral choisi, mais d'une exigence intérieure qui s'impose à elle. Elle dit aussi que ce caractère non choisi de la foi est précisément ce qui la rend difficile à porter, mais aussi irréductible à toute autre forme de croire.

Cette prise de parole introduit ainsi un déplacement majeur dans le travail du groupe. Le mot foi est ici inscrit dans un champ où il ne renvoie ni à la persévérance, ni au crédit accordé à l'autre, mais à une expérience vécue comme venant d'ailleurs, irréductible à la décision du sujet, et profondément engageante.

5 Foi = espoir : le bon en chacun, parole authentique, s'adresser au meilleur

Une participante prend la parole en se situant à distance de toute croyance religieuse. Elle précise d'emblée qu'elle ne croit pas en Dieu, mais qu'elle se reconnaît néanmoins une forme de foi, qu'elle associe explicitement à l'espoir. Pour elle, foi et espoir se confondent largement, et cette foi-là constitue un appui indispensable dans sa manière d'être au monde. Elle parle à partir de sa pratique professionnelle d'enseignante. Elle dit qu'elle ne pourrait pas exercer ce métier sans croire qu'il y a, en chaque élève, quelque chose à éclairer, à faire émerger. Elle formule cette idée comme une foi dans le bon de chaque être humain, y compris chez ceux qui donnent à voir des comportements ou des attitudes qui pourraient, de prime abord, susciter du rejet ou du découragement. Elle insiste sur le fait que cette foi n'est pas une négation de la complexité humaine, ni une forme d'angélisme. Elle dit être consciente qu'en chacun il y a de tout, mais que c'est au meilleur qu'elle choisit de s'adresser.

Cette foi, telle qu'elle la décrit, soutient directement sa manière de communiquer avec les élèves. Elle dit qu'elle s'adresse à eux comme à des sujets capables, porteurs d'une potentialité, et que cette posture influence la relation pédagogique. Elle ajoute que, pour elle, cette foi dans le bon est indissociable d'une confiance dans la parole. Elle dit avoir développé, au fil de son travail analytique, une foi dans la force d'une parole authentique, capable de produire un effet chez l'autre. Elle explique que lorsqu'elle parle de manière vraie, à partir de ce qu'elle est, elle croit que l'autre peut le sentir, et que cela ouvre un espace où l'autre peut, à son tour, parler de manière plus juste. Cette foi dans la parole ne relève pas d'une technique ni d'une stratégie, mais d'une expérience répétée où l'authenticité produit un effet de reconnaissance et de mise en lien.

Dans cette prise de parole, la foi se déplace encore. Elle ne se présente ni comme un don venu de l'Autre, ni comme un crédit accordé à une personne particulière, mais comme une orientation vers le meilleur de l'autre, un pari sur ce qui peut advenir lorsqu'on s'adresse à un sujet à partir de ce qu'il peut être, plutôt que de ce qu'il montre à un moment donné.

6 Mots, chose et ajustement sémantique : "foi" comme mot à usages multiples

À la suite de ces prises de parole, une intervention vient marquer un temps de reprise autour des mots eux-mêmes, et plus particulièrement autour du mot foi. Il est relevé que, depuis le début du tour de parole, le terme circule entre des expériences très différentes, sans toujours désigner la même chose. Cette circulation n'est pas posée comme un problème à résoudre, mais comme un point d'attention nécessaire pour que le travail commun puisse se poursuivre sans confusion.

Il est alors formulé que le même mot peut recouvrir des réalités très différentes selon le champ à partir duquel on parle. La foi peut renvoyer à une persévérance subjective, à un crédit accordé à l'autre, à un don venant de l'Autre, ou encore à une forme d'espoir adressé au meilleur de chacun. Le mot reste le même, mais ce qu'il désigne varie sensiblement. Cette pluralité d'usages appelle à une vigilance sur le rapport entre les mots et les choses, afin de ne pas faire comme si l'on parlait tous de la même chose lorsqu'on emploie le même terme. Une attention particulière est portée à la manière dont les mots peuvent glisser d'un registre à un autre sans que l'on s'en aperçoive. Il est souligné que ces glissements peuvent être féconds, mais qu'ils peuvent aussi produire des malentendus si l'on ne prend pas le temps de les repérer. Le travail engagé dans le groupe consiste alors moins à fixer une définition qu'à ajuster les usages, en tenant compte du champ depuis lequel chacun parle.

Ce moment de la séance met en évidence que le mot foi n'est pas univoque. Il fonctionne comme un mot carrefour, chargé d'histoires, de traditions, de pratiques et d'expériences singulières. En ce sens, il ne renvoie pas directement à une chose stable, mais à une série de rapports possibles à l'autre, à la parole, au savoir ou à l'existence. Le travail collectif s'oriente ainsi vers une écoute attentive de ces usages multiples, afin que chacun puisse préciser ce qu'il met derrière le mot, sans chercher à l'imposer aux autres. Cette mise en tension entre les mots et ce qu'ils désignent devient alors un élément central de la séance. Elle permet de maintenir ouvert l'espace de discussion, en évitant à la fois l'uniformisation des discours et la disqualification des différences, et en soutenant une élaboration où les mots restent des outils de travail plutôt que des évidences figées.

7 Valeurs : "au service d'eux" à condition que ça respecte mes valeurs

Une participante prend la parole en s'appuyant sur ce qui vient d'être dit autour de la foi, de l'engagement et du fait d'être au service des autres. Elle dit reconnaître quelque chose de très proche dans son propre parcours, notamment dans la manière dont se joue pour elle le rapport à l'action et à l'engagement. Elle évoque le fait d'avoir très tôt été au service de sa famille, et comment cette position a structuré sa manière d'être au monde.

Elle explique que, pour elle, se mettre au service des autres a aussi été une manière de se mettre en mouvement, de sortir d'un repli marqué par l'angoisse. Elle relie ce mouvement à son orientation professionnelle vers l'enseignement, qu'elle comprend comme un prolongement de cette disposition à se tourner vers l'autre. Ce déplacement lui a permis de transformer quelque chose de contraignant en un engagement choisi, même si elle en perçoit encore les ambivalences.

Elle introduit alors une nuance importante. Être au service des autres ne va pas pour elle sans condition. Elle précise que cet engagement ne peut tenir que s'il respecte ses valeurs. Elle raconte avoir travaillé auparavant en entreprise, et avoir quitté ce milieu lorsque certaines pratiques et logiques sont devenues incompatibles avec ce qui, pour elle, faisait sens. Ce moment de rupture apparaît comme un point de bascule, où la question des valeurs devient centrale dans la possibilité même de continuer à s'engager.

Dans cette prise de parole, la foi ne se formule pas directement comme telle, mais elle affleure dans la manière dont les valeurs soutiennent l'action. Être au service des autres n'est pas décrit comme un sacrifice imposé ni comme une injonction morale, mais comme un choix conditionné par la possibilité de rester en accord avec ce qui est juste pour soi. La foi se déplace ici vers un registre éthique, où croire en ce que l'on fait suppose de pouvoir reconnaître ses propres limites et refuser des cadres qui les malmènent.

Cette intervention vient ainsi complexifier encore le paysage des usages du mot foi et du croire. Elle introduit la question des valeurs comme médiation entre le désir d'être au service et la nécessité de ne pas s'y perdre, en rappelant que l'engagement n'est tenable que s'il permet au sujet de rester fidèle à ce qui le fonde.

8 Point d'étape : glissements foi / croire et reprise du distinguo

À ce moment de la séance, un second temps de reprise s'ouvre, non pas pour arrêter le sens des mots, mais pour prendre acte de ce qui se brouille et se superpose dans le fil des échanges. Après que la pluralité des usages du mot foi a été repérée, il devient possible de s'arrêter un instant sur la manière dont les mots foi et croire circulent, se répondent, parfois se confondent, au gré des prises de parole.

Il est alors relevé que ces glissements ne relèvent ni d'une erreur ni d'un manque de rigueur. Ils témoignent plutôt du fait que les participantes ne parlent pas toutes depuis le même champ, ni depuis la même expérience, ni depuis le même rapport au langage. Le même mot peut ainsi servir à dire des choses très différentes, sans que cela soit immédiatement repérable pour celles et ceux qui écoutent.

Dans ce temps de reprise, une distinction est esquissée, non comme une définition à retenir, mais comme une hypothèse de travail, proposée au groupe. Le croire est évoqué comme un mouvement qui supporte le doute, qui se construit dans l'incertitude et qui peut se déplacer ou se transformer. La foi, telle qu'elle a été nommée dans certaines interventions, semble parfois relever d'un autre registre, décrit comme plus immédiat, plus engageant, et ne faisant pas place au doute de la même manière. Cette distinction reste cependant ouverte, fragile, et dépendante du lieu depuis lequel chacun parle.

Il est clairement posé que ce distinguo n'a pas pour fonction de dire ce que serait la vraie foi ou le vrai croire. Il sert seulement à maintenir la possibilité d'entendre les différences sans les lisser, et à permettre aux paroles de continuer à se déployer sans être rabattues les unes sur les autres. Ce temps de reprise ne clôt rien. Il soutient au contraire la polyphonie en cours, en laissant ouvertes les tensions et les déplacements qui traversent le groupe.

9 Croire à la science dans l'épreuve : solitude, maladie, "obligé d'avoir la foi"

Une participante prend la parole pour parler depuis l'épreuve de la maladie. Elle dit éprouver un besoin très fort de croire à la science et à la médecine, lié à un désir de vivre et à la peur de mourir. Elle dit se sentir encore suffisamment jeune pour ne pas se résoudre à l'idée de la mort, et décrit ce combat comme quelque chose de vital. Elle parle d'un sentiment de solitude très marqué, plus intense encore que celui éprouvé lors d'autres périodes de crise, notamment durant le confinement. Là où elle avait alors le sentiment qu'un après était possible, elle décrit ici une solitude radicale face à la maladie.

Elle évoque l'attente des résultats médicaux, l'incertitude, l'inquiétude exprimée par les médecins, et la confrontation répétée à des signes corporels alarmants. Elle décrit des épisodes de peur intense, notamment lorsqu'elle se réveille en pleine nuit face à une hémorragie, et l'angoisse qui surgit alors, presque immédiatement. Dans ce contexte, elle dit se sentir obligée d'avoir la foi, non pas au sens d'une croyance choisie, mais comme une condition pour ne pas devenir folle, pour pouvoir continuer à tenir.

Dans sa parole, la foi apparaît comme une nécessité imposée par l'épreuve. Elle ne la décrit pas comme une attente de miracle, ni comme une certitude apaisée, mais comme un appui fragile, indispensable pour traverser l'angoisse. Elle parle d'une foi contrainte par la situation, d'un croire qui s'impose dans l'urgence, parce qu'il n'y a pas d'autre ressource disponible à ce moment-là.

Elle évoque aussi le rapport aux traitements, aux examens, aux délais, et à l'épuisement physique et psychique que cela entraîne. Elle dit combien il est difficile de trouver des repères, de se projeter, et de ne pas se sentir condamnée d'avance. Dans ce contexte, croire à la science devient à la fois une nécessité et une source de tension, prise entre l'espoir qu'elle soutient et l'impuissance qu'elle révèle parfois.

Cette prise de parole est accueillie par le groupe avec une forte solidarité. Il est explicitement dit que ce qui est partagé là est entendu, et qu'il ne s'agit pas de répondre, d'expliquer ou de rassurer, mais d'accueillir la parole telle qu'elle se dit, dans sa fragilité et sa charge émotionnelle.

Dans cette vignette, le croire et la foi se déplacent encore. Ils ne sont plus seulement liés à un choix, à un engagement ou à un champ de pensée, mais à une expérience limite, où croire devient une condition de survie psychique. La polyphonie se poursuit, en laissant apparaître la manière dont la maladie vient mettre à l'épreuve les appuis habituels du sujet, et oblige à inventer, parfois dans l'urgence, des formes de croire pour continuer à vivre.

10 Nuance linguistique : "croire" demande un complément, "avoir la foi" peut tenir seul

Une participante intervient en s'arrêtant précisément sur les mots employés depuis le début du tour de parole. Elle propose une remarque linguistique simple, mais qu'elle juge éclairante pour le travail en cours. Elle observe que le verbe croire appelle presque toujours un complément. On croit en quelque chose, on croit en quelqu'un. Le croire implique une adresse explicite, un objet identifié, qu'il soit une personne, un savoir, une institution ou une idée.

À l'inverse, elle souligne que l'expression avoir la foi peut se formuler sans complément. On peut dire « il faut garder la foi » sans préciser en quoi ou en qui. Pour elle, cette différence n'est pas anodine. Elle indique que la foi peut fonctionner comme un état, une tenue intérieure, une manière de se maintenir, indépendamment d'un objet clairement désigné.

Elle relie cette nuance à ce qui vient d'être partagé autour de la maladie et de l'épreuve. Dans certaines situations, dit-elle, il ne s'agit pas tant de croire en quelque chose de précis que de pouvoir tenir, continuer, ne pas s'effondrer. Avoir la foi, dans ce sens, ne renverrait pas à une croyance déterminée, mais à une forme d'espoir ou d'élan vital, difficile à localiser, mais néanmoins opérant.

Cette prise de parole n'a pas pour fonction de trancher entre croire et foi, ni de les hiérarchiser. Elle vient plutôt proposer un outil de lecture supplémentaire, en attirant l'attention sur ce que la langue elle-même permet ou empêche de dire. En soulignant cette différence de fonctionnement entre les deux expressions, elle ouvre un espace où les expériences évoquées jusque-là peuvent être entendues avec plus de précision, sans être rabattues les unes sur les autres.

11 "Foi comme grâce" : événement qui tombe dessus, non maîtrisable, et possible retrait

À ce stade des échanges, plusieurs prises de parole déplacent encore le champ de la foi. Il n'est plus question ici de la foi comme choix, ni même comme conviction construite, mais comme événement : quelque chose qui arrive au sujet sans qu'il l'ait décidé, sans qu'il puisse en fixer ni le moment, ni la forme, ni la durée. La foi est alors décrite comme ce qui « tombe dessus », ce qui surgit, parfois de façon inattendue, parfois à la faveur d'une rencontre, d'une parole, d'un moment de bascule dans l'existence.

Une participante insiste sur le fait que cette foi-là ne relève pas d'un acte volontaire. Elle ne se commande pas, ne se programme pas, ne s'acquiert pas par accumulation de savoirs ou par effort moral. Elle est reçue, accueillie, parfois même subie. Dans cette perspective, la foi est pensée comme une grâce, au sens d'un don qui ne dépend pas du sujet, et qui, précisément pour cette raison, échappe à toute maîtrise. Le sujet ne peut ni la produire, ni la garantir, ni s'y maintenir par la seule volonté. Cette dimension non maîtrisable ouvre également à une autre expérience, plus délicate à formuler : celle du retrait possible de la foi. De la même manière qu'elle peut advenir sans être appelée, elle peut aussi s'éloigner, se défaire, glisser hors de portée. Plusieurs paroles évoquent cette expérience de perte ou d'effritement, souvent difficile à dire, parfois vécue comme une énigme, parfois comme une épreuve silencieuse. La foi n'est alors ni réfutée, ni combattue ; elle se retire, laissant le sujet face à ce qui demeure lorsque cette évidence n'est plus là.

Ce qui se joue ici n'est pas une opposition entre croire et ne plus croire, mais une mise en tension avec la temporalité même de la foi. Elle n'est pas un état stable, ni un acquis définitif. Elle traverse, transforme, puis peut se transformer encore, sans que le sujet puisse en rendre pleinement compte. Dans ce mouvement, la foi apparaît moins comme un contenu que comme une expérience existentielle, engageant le sujet dans son rapport au sens, à l'altérité, et à ce qui le dépasse.

Cette manière de dire la foi, comme événement et comme possible retrait, résonne avec d'autres champs déjà abordés, sans s'y confondre. Elle ne vient pas invalider les usages plus relationnels, éthiques ou langagiers du mot, mais elle introduit une dimension supplémentaire : celle d'un rapport au croire qui ne se laisse ni expliquer entièrement, ni stabiliser, et qui oblige à composer avec l'incertitude, y compris dans ce qui, à un moment donné, a pu apparaître comme une évidence.

12 Doute et esprit critique : peur des réponses, rejet du gourou, distinction croyance / savoir

À partir de ce qui vient d'être formulé autour de la foi comme événement non maîtrisable, les échanges se déplacent vers une autre zone de tension, celle du doute et de l'esprit critique. Plusieurs participantes expriment une méfiance nette à l'égard des réponses trop pleines, trop rapides, ou présentées comme définitives. Là où une réponse viendrait fermer la question, certaines disent préférer rester dans l'ouverture, quitte à accepter l'inconfort de ne pas savoir.

Une prise de parole souligne que le doute n'est pas nécessairement un obstacle au croire, mais peut au contraire en être une condition. Croire, dans cette perspective, suppose qu'il y ait de l'incertitude, du manque, de l'indéterminé. Dès lors que tout serait déjà répondu, expliqué ou garanti, il n'y aurait plus de place pour le sujet. Le doute apparaît alors non comme une faiblesse, mais comme ce qui permet de rester en mouvement, de continuer à penser, à interroger, à élaborer.

Cette vigilance s'exprime aussi dans le rapport aux figures d'autorité, qu'elles soient religieuses, scientifiques, intellectuelles ou théoriques. Plusieurs interventions évoquent la crainte du gourou, de celui ou celle qui saurait à la place de l'autre, qui penserait pour lui, ou qui imposerait un cadre de vérité indiscutable. Des expériences de formation, notamment dans des contextes académiques ou théoriques, sont mobilisées pour dire comment une parole peut devenir dogmatique lorsqu'elle cesse d'être discutée, mise à l'épreuve, ou appropriée subjectivement.

Dans ce contexte, une distinction est travaillée entre croyance et savoir. Il est rappelé que, dans certains espaces comme l'école, cette distinction est centrale, notamment pour soutenir le développement de l'esprit critique. Le savoir est alors associé à des démarches de vérification, d'expérimentation, de confrontation des points de vue, tandis que la croyance relève davantage d'un engagement personnel, non démontrable, et toujours susceptible d'être interrogé.

Cependant, les échanges montrent que cette distinction n'est ni simple ni étanche. Le risque pointé n'est pas tant la croyance en elle-même que le moment où elle devient indiscutable, où elle se fige en certitude close. À cet endroit, qu'il s'agisse de religion, de science ou de théorie, la croyance peut basculer en idéologie, et l'esprit critique se trouve neutralisé.

Ce temps de discussion met ainsi en lumière une exigence partagée : celle de rester sujet face aux discours, quels qu'ils soient. Le doute, loin d'être un renoncement, apparaît comme une manière de préserver une position active, capable de discerner, de refuser l'adhésion aveugle, et de maintenir un espace de pensée là où la tentation de la réponse toute faite pourrait s'imposer.

13 Foi comme évidence enveloppante et croyance comme recherche

Dans la continuité des échanges précédents, un autre registre de parole apparaît, moins centré sur le doute ou l'esprit critique, et davantage sur une expérience vécue de la foi comme évidence. Certaines participantes décrivent une foi qui ne se présente pas comme une construction progressive ni comme une réponse à une question précise, mais comme quelque chose de donné, de là, presque allant de soi. Cette foi n'est pas formulée dans une logique de demande ou d'attente adressée à un Autre, mais comme une présence diffuse, enveloppante, qui tient, qui rassure, et qui empêche de sombrer dans l'angoisse ou la folie.

Dans ces prises de parole, la foi est évoquée comme une sorte de socle intérieur. Elle ne s'accompagne pas nécessairement de pratiques religieuses formalisées, ni d'un système de croyances explicité. Elle se manifeste plutôt comme un sentiment d'être porté, contenu, relié, sans qu'il y ait besoin d'en demander quoi que ce soit en retour. Cette foi-là ne cherche pas à convaincre, ni à se dire comme vérité universelle. Elle est présentée comme strictement personnelle, intime, parfois même difficile à mettre en mots.

En contrepoint, d'autres interventions viennent situer la croyance du côté de la recherche, de l'exploration, du mouvement. Croire apparaît alors comme un verbe actif, qui engage un sujet dans une démarche, une tentative, une orientation vers quelque chose. Croire en la science, en la médecine, en une méthode, en une parole, suppose un cheminement, des ajustements, des reprises, et parfois des désillusions. La croyance est ici liée à une attente, à un espoir, mais aussi à une possible déception.

Ce contraste entre foi et croyance ne se présente pas comme une opposition tranchée. Il est plutôt travaillé comme une tension. Là où la foi est décrite comme une évidence qui enveloppe, la croyance est décrite comme un processus qui cherche, qui avance à tâtons, et qui peut se transformer au fil du temps. Les deux registres peuvent coexister chez une même personne, selon les moments de la vie, les épreuves traversées ou les appuis disponibles.

Ce temps d'échange permet ainsi de faire entendre que, dans le groupe, le mot foi ne recouvre pas une expérience homogène. Pour certaines, il renvoie à une présence intérieure stable ; pour d'autres, il reste indistinct du croire ; pour d'autres encore, il est tenu à distance au profit d'une recherche plus incertaine mais jugée plus fidèle à leur manière d'être sujet. Cette diversité de positions contribue à densifier le champ de réflexion, sans chercher à le réduire à une définition commune.

La polyphonie se maintient ici dans un équilibre délicat : reconnaître des expériences de foi vécues comme évidentes et nécessaires, tout en laissant ouverte la possibilité d'un croire qui demeure interrogatif, mouvant, et parfois fragile. C'est précisément dans cet écart, entre évidence et recherche, que le travail du séminaire continue de se déployer.

14 Foi incommunicable, âme, absence de réponse et non-antagonisme Dieu / homme

À ce stade des échanges, une autre ligne de réflexion se fait entendre, centrée sur le caractère profondément incommunicable de la foi. Un participant souligne que la foi ne se transmet pas par le discours, ni par l'argumentation, ni même par l'exemple. Lorsqu'elle est vécue comme telle, elle ne peut être ni prouvée ni partagée au sens strict. Les tentatives pour la dire ou la faire valoir peuvent même produire l'effet inverse, susciter la méfiance ou contribuer à la perdre, tant la foi se dégrade lorsqu'elle se donne à voir comme certitude affichée.

Dans cette perspective, la foi est liée à une conviction intime qui ne cherche pas de validation extérieure. Elle ne dépend pas de la fiabilité des institutions religieuses ni de celles et ceux qui parlent au nom de Dieu. Au contraire, l'expérience montre que la parole des croyants trop assurés, trop démonstratifs, peut devenir un facteur de rejet ou d'éloignement. La foi, lorsqu'elle existe, se tient alors dans une forme de retrait, de silence, ou de discrétion, précisément parce qu'elle ne supporte pas l'exposition.

Cette position s'accompagne, pour certaines participantes, d'une affirmation forte de l'existence de l'âme. La foi est alors directement corrélée à la conviction que l'être humain ne se réduit pas à un corps ou à une mécanique biologique, mais qu'il est animé par un principe vital qui le dépasse. Croire à l'existence de l'âme devient une manière de penser la continuité de l'existence au-delà de la mort, ou du moins de refuser une vision strictement matérialiste de la vie. Là encore, il ne s'agit pas de démontrer, mais d'énoncer une évidence subjective.

Un autre point commun dans ces prises de parole concerne le rapport à l'absence de réponse. Plusieurs participantes disent ne pas attendre de réponse précise, ni de signe, ni de résolution définitive. L'absence de réponse n'est pas vécue comme un échec, mais comme une condition acceptable, parfois même nécessaire, de la foi. Cette absence permet de maintenir une relation ouverte, non saturée, qui ne ferme pas la question du sens. Elle rejoint, par un autre chemin, ce qui avait été dit plus tôt sur le refus des réponses toutes faites.

Dans ce cadre, une distinction est également posée entre la foi en Dieu et la foi en l'homme. Loin d'être pensées comme antagonistes, ces deux formes de foi sont présentées comme compatibles, voire complémentaires. Croire en Dieu n'empêche pas de croire en l'humain, dans sa capacité à agir, à créer, à prendre soin. Inversement, croire en l'homme n'exclut pas l'idée d'un principe transcendant. Ce non-antagonisme permet de sortir d'une opposition simpliste entre spiritualité et humanisme.

Ce moment du séminaire donne ainsi à entendre une foi qui ne cherche ni à convaincre ni à convertir, mais qui s'affirme comme une orientation intérieure, silencieuse, parfois fragile, et toujours singulière. Une foi qui accepte de ne pas répondre à toutes les questions, qui ne s'érige pas en savoir, et qui peut cohabiter avec une confiance profonde dans l'humain et dans ses capacités relationnelles.

15 Croire et rester sujet : lâcher / garder, cocon et appropriation

Dans le dernier temps des échanges, une question traverse plusieurs prises de parole et vient faire nœud avec l'ensemble de ce qui a été élaboré jusque-là : comment croire sans se perdre comme sujet. Autrement dit, comment tenir un rapport au croire qui soutienne, protège ou apaise, sans pour autant déléguer à l'extérieur la responsabilité de sa vie, de ses choix ou de son rapport au réel.

Certaines participantes évoquent la croyance comme un cocon, un espace protecteur qui permet de traverser des moments de grande vulnérabilité. Croire peut alors fonctionner comme un abri, une manière de supporter l'angoisse, la solitude, la maladie ou la confrontation à la mort. Dans ce sens, la croyance est reconnue comme ayant une fonction vitale, presque nécessaire, face à ce qui serait autrement insoutenable. Elle permet de continuer à tenir, de ne pas s'effondrer, de donner une forme à ce qui déborde.

Mais ce même cocon peut aussi devenir problématique lorsqu'il empêche tout mouvement. Une autre participante raconte comment, à un moment donné, elle a cessé de croire en une prise en charge extérieure, notamment médicale, non pas par défiance, mais parce qu'elle s'est sentie seule face à sa maladie. Ce décrochage a paradoxalement ouvert un autre rapport à son corps et à sa santé, où elle s'est réapproprié sa place de sujet. Croire moins, ou autrement, a alors permis un déplacement, une prise en charge plus active, plus incarnée.

Ce va-et-vient entre lâcher et garder traverse l'ensemble des échanges. Lâcher certaines croyances peut être vécu comme une perte, parfois violente, mais aussi comme une condition pour redevenir auteur de son propre chemin. Garder d'autres formes de croire, plus souples, plus intimes, peut au contraire soutenir la vie psychique sans aliéner le sujet. Il ne s'agit donc pas de trancher entre croire ou ne pas croire, mais d'interroger sans cesse ce que la croyance fait au sujet, et ce qu'elle lui permet ou lui empêche.

La question de la responsabilité apparaît ici en filigrane. Croire peut parfois servir à se décharger, à remettre à un Autre — Dieu, la science, la médecine, l'institution — ce qui engage pourtant profondément le sujet. À d'autres moments, croire permet au contraire de s'appuyer suffisamment pour pouvoir agir, décider, s'engager. La frontière est fine, et elle ne peut être tracée une fois pour toutes.

Ce dernier temps ne clôt pas le débat, mais le laisse ouvert. Il met en évidence que le travail engagé dans le séminaire ne vise ni à promouvoir une forme de croire, ni à en disqualifier une autre, mais à soutenir une élaboration où chacun puisse habiter son rapport au croire sans s'y dissoudre. Rester sujet, dans ce cadre, ne signifie pas se passer de croyances, mais apprendre à les reconnaître, à les déplacer, et parfois à s'en dessaisir, pour continuer à faire avec ce qui fait énigme, limite ou épreuve dans l'existence.

Clôture

En fin de séance, les échanges s'ouvrent sur un dernier déplacement, plus réflexif, qui vient articuler ce qui s'est dit avec des questions de représentation, d'histoire et de transmission. Une participante revient sur le rapport entre théologie et psychanalyse, non pour les confondre, mais pour interroger ce qui, dans les deux champs, engage un travail à partir d'un objet intérieur. Il est rappelé que, dans ces traditions, il ne s'agit pas seulement d'appliquer des savoirs constitués, mais de se confronter à des textes, à des récits, à des paroles héritées, toujours à réinterpréter à partir de son propre rapport subjectif.

Ce temps met en tension plusieurs représentations. D'un côté, l'idée que la théologie comme la psychanalyse pourraient se figer dans des lectures dogmatiques, où les textes seraient investis comme des vérités closes, donnant lieu à des affrontements interprétatifs plus qu'à une élaboration vivante. De l'autre, l'expérience rapportée par certaines participantes d'une théologie travaillée comme quête, comme cheminement, où les textes ne valent pas comme réponses définitives mais comme supports de questionnement, toujours repris, traduits, déplacés. Ce va-et-vient permet de dégager un point commun essentiel : ce n'est pas le texte en lui-même qui fait autorité, mais la manière dont il est investi, approprié, ou au contraire figé.

Dans ce prolongement, une dernière vignette vient faire entendre une autre tonalité du rapport à la foi. Une participante évoque une foi vécue comme simple, dépouillée de contraintes, non servile. La prière y est décrite non comme une obéissance ou une soumission, mais comme une parole adressée, directe, sans formalisme imposé. Des récits de signes, interprétés comme des moments de soutien ou de présence, sont partagés non pour convaincre, mais pour dire ce qu'ils ont produit en termes de sérénité, de confiance retrouvée, de capacité à traverser l'épreuve. Là encore, le groupe accueille ces paroles sans chercher à les valider ni à les disqualifier, laissant place à ce qu'elles racontent pour celles qui les portent.

À partir de l'ensemble de ces échanges, un temps de décision collective s'ouvre. En continuité avec ce qui a émergé autour de la maladie, du corps, de la souffrance et de l'incarnation du croire, le groupe s'accorde pour poursuivre le travail lors de la prochaine séance autour de l'axe croire et corps, en y intégrant explicitement la question psychosomatique. Cette orientation apparaît comme une suite logique, permettant de déplacer encore le travail du côté des croyances incarnées, des sensations, des symptômes, et de ce qui s'inscrit dans le corps au-delà ou en deçà des mots.

Prochaine séance : « Croire & Corps».

Détails Pratiques

Dates des rencontres : 20 septembre 2025, 18 octobre 2025, 15 novembre 2025, 17 janvier 2026, 21 février 2026, 21 mars 2026, 18 avril 2026, 16 mai 2026.

Heures : De 16h à 18h (heure française).

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À côté des fêtes, au cœur du vivant