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Comment ça marche au Tiers-Lieu Le 97 ?

Quand l’intelligence collective émerge sans chef, comme un banc de poissons

1 L’auto-organisation, ou l’art de s’adapter sans hiérarchie

Imaginez un banc de mille poissons qui nage en parfaite synchronisation, évite un requin en une fraction de seconde, ou change de direction comme un seul être. Pas de chef, pas de réunion, pas de plan préétabli. Juste des règles toutes simples, appliquées par chacun, qui créent une intelligence collective. Ce phénomène, étudié par les scientifiques, s’appelle un état critique : un état situé à la frontière entre l’ordre et le désordre, où le système est hyper-sensible aux perturbations. Dans cet état, une petite action locale (comme un poisson qui change de direction) peut déclencher une réorganisation globale du groupe, comme un banc qui évite un prédateur en une fraction de seconde.

Cet état critique n’est pas un équilibre “stable” au sens classique, mais un point de bascule où le système peut rapidement passer d’un état stable ordonné (ex. : un banc compact) à un état stable désordonné (ex. : une dispersion), et inversement. C’est cette sensibilité qui permet aux bancs de poissons — et au 97 — de s’adapter instantanément aux changements.

Au Tiers-Lieu Le 97, à Besançon, on observe une dynamique similaire. Pas de directeur, pas de règles imposées d’en haut, mais une gouvernance qui émerge des interactions entre usagers. Comment est-ce possible ? En appliquant les mêmes principes que les bancs de poissons, mais avec des outils humains : la stigmergie (communication par traces) et un système hyper-sensible aux signaux locaux.

Ce texte explique comment le 97 fonctionne comme un écosystème vivant, où chaque action locale peut déclencher une réorganisation globale — et pourquoi cette approche est révolutionnaire pour repenser la coopération.

2. Les bancs de poissons : trois règles pour une intelligence collective sans chef

Pour comprendre le fonctionnement du Tiers-Lieu Le 97, commençons par observer les bancs de poissons. Les chercheurs Craig Reynolds (1987) et Iain Couzin (2002) ont démontré que ces groupes s’auto-organisent grâce à trois règles fondamentales :

  1. Éviter les collisions avec ses voisins immédiats.
  2. S’aligner sur la direction moyenne du groupe.
  3. Rester proche des autres membres.

Résultat : Avec ces trois principes seulement, le banc entier se déplace de manière coordonnée, réagit instantanément aux obstacles, et s’adapte à son environnement sans aucun chef.

Pourquoi ce modèle est-il si efficace ?

  • Absence de hiérarchie : Aucun poisson ne dirige les autres. L’intelligence émerge des interactions locales.
  • Hyper-sensibilité : Une petite perturbation (comme l’apparition d’un prédateur) peut réorganiser l’ensemble du banc en une fraction de seconde.
  • Flexibilité extrême : Le groupe passe d’une formation serrée (pour nager rapidement) à une formation large (pour explorer) selon les besoins du moment.

Exemple marquant :

Si un poisson en périphérie détecte un danger et change de direction, ses voisins immédiats font de même. L’information se propage alors comme une vague à travers tout le banc, sans leader ni coordination centrale. Chaque individu ne réagit qu’aux mouvements de ses 6 ou 7 voisins les plus proches, mais c’est cette simplicité qui crée une réactivité globale.

Ce qui nous intéresse au 97 :

  • Pas de chef : L’intelligence collective émerge des interactions entre individus.
  • Réactivité : Une tension ou un besoin exprimé (ex. : un espace trop bruyant) peut déclencher une réorganisation du collectif.
  • Adaptabilité : Le système bascule naturellement entre ordre et désordre selon les circonstances.

Transition vers le 97 :

“Mais comment ces principes, observés chez les poissons, s’appliquent-ils à un lieu comme le 97, Tiers-lieu à Besançon, où les individus ont des émotions, des outils numériques et des projets complexes ? La réponse réside dans l’articulation de deux mécanismes complémentaires : la stigmergie et l’état critique.”

3. Le 97 : quand stigmergie et état critique créent une dynamique collective

a. Stigmergie et état critique : deux faces d’une même médaille

Au 97, stigmergie et état critique ne sont pas deux concepts distincts, mais deux dimensions d’un même phénomène d’auto-organisation. Pour bien comprendre leur interaction, il faut d’abord saisir ce que signifie l’état critique en physique, puis comment cette notion s’applique aux systèmes vivants, des bancs de poissons aux collectifs humains.

1. Les trois états d’un système complexe

En physique, un système composé de nombreuses entités (atomes, spins, poissons, individus) peut se trouver dans trois états fondamentaux :

  • État stable ordonné :
    Tous les éléments sont alignés et synchronisés.
    Exemple : Un banc de poissons nageant en formation serrée, ou un aimant où tous les spins sont orientés dans la même direction.
    Au 97 : Cela correspondrait à une organisation trop rigide : horaires imposés, rôles fixes, routines qui étouffent l’initiative et la créativité.
  • État stable désordonné :
    Les éléments agissent de manière dispersée, sans coordination.
    Exemple : Des poissons nageant dans toutes les directions, ou des spins désorientés dans un matériau non magnétique.
    Au 97 : Ce serait l’anarchie : chacun agit sans égard pour les autres, les projets n’aboutissent pas, et les tensions s’accumulent sans réponse collective.
  • État critique :
    État de transition entre ordre et désordre, où les éléments sont ni totalement alignés ni totalement dispersés.
    En physique : Près du point de Curie, les spins fluctuent et s’influencent localement. Une petite perturbation (un spin qui change d’orientation) peut se propager à grande distance et réorganiser tout le système.
    Caractéristique clé : Les corrélations entre éléments n’ont pas d’échelle caractéristique (Giorgio Parisi, Prix Nobel 2021). L’information se propage instantanément et sans limite, comme dans un réseau sans résistance.
    Pour les bancs de poissons : Le groupe est ni trop rigide ni trop dispersé. Un changement de direction initié par un individu en périphérie peut réorienter tout le banc en une fraction de seconde, sans leader.

2. Comment cela s’applique aux bancs de poissons… et au 97

Les travaux d’Iain Couzin et Tamas Vicsek montrent que les bancs de poissons fonctionnent précisément dans cet état critique. Pourquoi ?

  • Ni trop ordonné : Un banc figé ne pourrait pas s’adapter à un prédateur.
  • Ni trop désordonné : Des poissons isolés ne formeraient pas un groupe cohérent.
  • À la frontière : Chaque poisson interagit avec 6 ou 7 voisins, mais l’information se propage comme une onde collective.

Au 97, la même logique opère :

  • Les “spins”/ les poissons sont les usagers, et leurs “orientations” sont leurs actions, besoins et projets.
  • Les “perturbations” sont les signaux locaux : un billet d’humeur, un message sur Discord, une action individuelle (comme réorganiser un espace).
  • L’état critique est atteint quand :
    • Les routines (repas partagés, vie coopérative, usage des outils numériques, action de laisser une trace à chaque action) apportent assez d’ordre pour maintenir la cohésion du groupe.
    • Les tensions (besoins non exprimés, conflits latents) introduisent assez de désordre pour garder le système réactif.
    • Une accumulation de signaux (et non un seul billet ou une seule action) peut déclencher une réorganisation globale.
Exemple concret :

En 2025, plusieurs billets d’humeur ont exprimé un malaise face à l’accumulation d’objets inutilisés dans les locaux. Aucune décision formelle n’a été prise, mais :

  • Certains usagers ont commencé à ranger spontanément des zones encombrées.
  • D’autres ont proposé un temps dédié pour trier et entreposer les objets à jeter en cave 2.
  • En vie coopérative, un usager a proposé une date précise pour emmener les objets à la déchetterie, permettant de créer un événement sur le site et de laisser une trace visible pour ceux qui voulaient participer.
  • Résultat : Un lieu allégé de ses encombrants, une cave 2 vidée, et une pratique de gestion des objets qui s’est installée sans vote ni responsable désigné, simplement par l’articulation d’initiatives individuelles et d’une trace partagée.

Explications des ajustements :

  1. “Proposé une date précise” : Pour permettre l’organisation logistique (événement + trace).
  2. “Laisser une trace visible” : Clé pour la stigmergie (comme les “max de poissons” qui perçoivent le signal).
  3. Mécanisme sous-jacent :
  • La proposition de date n’était pas une décision, mais une information mise à disposition.
  • Ceux qui voulaient participer pouvaient le faire (sans obligation).
  • La trace (événement en ligne) a permis à chacun de s’auto-organiser.

3. Pourquoi cet état est-il si puissant ?

  • Réactivité : Le collectif s’adapte rapidement aux changements (nouveaux besoins, tensions).
  • Résilience : Il évite les deux écueils : fossilisation (trop d’ordre) et chaos (trop de désordre).
  • Innovation : Les solutions émergent sans contrôle centralisé, comme un banc de poissons inventant une nouvelle formation pour éviter un obstacle.

En résumé :

  • La stigmergie (billets, messages, actions visibles) fournit les canaux par lesquels l’information circule.
  • L’état critique amplifie l’impact de ces signaux, permettant au 97 de fonctionner comme un système vivant — ni figé, ni anarchique, mais dynamique et adaptable.
  • La clé : Les transformations émergent de l’accumulation et de l’interprétation collective des tracessans lien direct entre un signal isolé et une action.

Pour aller plus loin :

“Au 97, comme dans un banc de poissons, l’intelligence collective ne vient pas des décisions descendantes, mais de la capacité du système à percevoir, mémoriser et réagir aux signaux locaux — qu’ils soient des mots, des gestes ou des silences.”

b. La stigmergie en pratique : des traces qui guident le collectif

OutilFonctionExemple
Billets d’humeurEspace (physique ou canal Discord dédié) pour exprimer un vécu ou une tension sans proposition de solution. Structure : “Ce que je vis / Ce que ça me fait / ce que je ressens”.“Je me sens submergé par le bruit pendant les temps de travail.” (posté sur le canal Discord ou lors de la vie coopérative).
Outils numériquesCommuniquer des intentions ou des besoins de manière asynchrone pour permettre une coordination spontanée. Fixer les évènements prévus avec gestion des inscriptionsSur le discord “J’ai prévu d’aller au jardin demain à 9h pour greliner.” → 2 réponses en 20 min : “Tiens, je viens aussi !”“Je viendrais bien, mais je suis pris.” Sur Odoo site internet comme point d’entrée vers: évènements à venir, publications pour garder l’histoire de ce qui se fait. Sur Hedge doc édition partagée en ligne, comme les ordres du jour de la vie coopérative
Vie coopérativeTemps dédié une fois par semaine pour : 1) Dire et entendre les billets d’humeur (affects, sentiments), 2) Exprimer des besoins concrets (ex. : réservation de salle), 3) Décider par consentement (vérification de l’absence d’objection majeure).“J’ai besoin de la salle du haut tel lundi pour accueillir les étudiants L3 de géographie.” → Décision par consentement (pas de blocage physique/légal/risque collectif).

Explications complémentaires :

  • Billets d’humeur : Pas de solution proposée, juste l’expression d’un vécu. Les affects (ex. : “submergé par le bruit”) sont partagés en séance ou sur Discord, mais ne déclenchent pas directement d’action.
  • Discord : Coordination spontanée via des intentions (ex. : jardinage), sans planification centrale.
  • Vie coopérative :
    • On passe d’abord l’affect (billets d’humeur) pour laisser ensuite la place aux besoins concrets (ex. : réservation de salle).
    • Décision par consentement (≠ consensus) : validé si pas d’objection majeure (risque, illégalité, limite physique).

Pourquoi ça marche ?

Parce que ces outils créent un espace d’expression libre et de régulation invisible, où l’essentiel se joue dans l’écoute et l’ajustement individuel, sans mécanisme de réponse obligatoire ou de solution imposée :

  • Un espace pour déposer les tensions :
    Les billets d’humeur permettent à chacun de déposer un vécu ou une tension (ex. : “Je me sens submergé par le bruit, l’état du ménage m’agace, j’apprécie pas retrouvé les tasses sales le matin dans l’évier”sans attente ni pression. Les autres entendent, intègrent l’information, et ajustent leur comportement si et seulement si cela résonne avec leur propre ressenti ou leur capacité du moment.
    Exemple concret : Un usager exprime son inconfort face au bruit. Personne ne répond directement, mais cette parole sème une graine : certains modifient spontanément leur volume de voix, d’autres non. Aucune action collective n’est décidée sur le moment — et c’est précisément ce qui évite les adaptations forcées et les explosions ultérieures.
  • Une régulation organique et lente :
    • Pas de lien causal entre un billet et une action : Les changements (ex. : une baisse générale du niveau sonore, une réorganisation naturelle des espaces) émergent sur le long terme, après des répétitions, des échos, des prises de conscience individuelles.
    • 5 ans de pratique montrent que cette accumulation de signaux (comme des cailloux dans un ruisseau) modèle progressivement le lit du collectif, sans besoin de décisions formelles.
      Comme un banc de poissons : Chaque individu ajuste sa trajectoire en fonction des signaux perçus, mais sans coordination centrale. Le groupe trouve son équilibre par l’agrégation de micro-ajustements individuels, pas par des règles ou des propositions. Un individu perçois le signal d’un autre, et la non réaction est une action en tant que tel.
  • Un système résilient :
    • L’inaction immédiate n’est pas un échec : Un billet sans effet visible est une information précieuse (“Ce besoin ne trouve pas d’écho pour l’instant, et c’est OK”).
    • La régulation se fait par imprégnation : Les tensions récurrentes (ex. : le bruit) s’auto-régulent parce que leur répétition modifie les comportements par osmose, sans débat ni vote.
    • Pas de “solution” : Le 97 ne cherche pas à “résoudre” les tensions, mais à les rendre visibles et tolérables, en faisant confiance à l’intelligence du collectif pour s’adapter à son rythme.

Résultat :

Un collectif où les billets d’humeur agissent comme des capteurs :

  • Ils révèlent les frottements (ex. : bruit, solitude, surcharge).
  • Ils permettent à chacun de recalibrer sa place (ex. : “Je parle moins fort”, “Je viens plus tôt pour éviter la foule”).
  • Ils évitent les accumulations de frustration, car tout peut être dit, sans que rien ne doive être fait.

En une phrase :

“Les billets d’humeur ne génèrent pas des solutions, mais une conscience collective qui régule le système comme un thermostat — lentement, naturellement, et sans forcer les espaces entre chaque usager du 97.”

4. Les défis d’un système en état critique : vigilance et inclusion comme pratiques quotidiennes

Un collectif auto-organisé comme le 97 repose sur des dynamiques puissantes, mais exige aussi une attention constante pour maintenir son équilibre et son ouverture. Ces défis ne sont pas des faiblesses, mais des dimensions actives à cultiver pour éviter l’essoufflement ou la fermeture sur soi. Ils révèlent surtout la complexité humaine derrière l’apparente fluidité du système.

Un équilibre à entretenir activement

L’état critique, par nature instable, demande un travail continu pour rester dans cette zone fertile entre ordre et désordre. Les routines trop rigides peuvent étouffer l’initiative, tandis qu’un excès de fluidité risque de disperser l’énergie collective. Par exemple, l’absence de rôles fixes libère la créativité, mais peut aussi laisser certains usagers dans lexpectative, surtout ceux habitués à des cadres plus structurés. La clé réside dans la capacité du groupe à percevoir ces déséquilibres avant qu’ils ne deviennent des blocages. Les outils comme la vie coopérative ou les billets d’humeur jouent ici un rôle crucial : ils rendent visibles les besoins avant qu’ils ne deviennent des tensions. Pourtant, cette vigilance ne va pas de soi. Elle suppose une présence active de chacun, une écoute qui va au-delà des mots, et une volonté partagée de recalibrer régulièrement les pratiques.

La conciergerie : un outil et une fonction au service de l’inclusion**

Pour éviter que certaines voix ne restent inaudibles, le 97 s’appuie sur un dispositif clé : la conciergerie. Bien plus qu’un rôle logistique, cette fonction agit comme un capteur et un facilitateur des dynamiques collectives. Elle complète les outils existants (billets d’humeur, Discord, vie coopérative) en assurant une veille active sur les équilibres du groupe.

  • Valoriser les petites actions :
    La conciergerie rend visibles les contributions discrètes — ranger un espace, participer à un temps de ménage, ou exprimer un ressenti dans un billet — et les présente comme des apports légitimes au collectif. En soulignant que chaque geste compte, elle démocratise la participation et évite que seuls les contributions les plus visibles soient reconnues.
  • Repérer les silences et les absences :
    Un billet non écrit, une présence irrégulière aux temps collectifs, ou une participation hésitante sont des signaux que la conciergerie identifie et interprète. Les usagers expérimentés qui assurent cette fonction veillent à créer des opportunités pour que chacun puisse s’exprimer à son rythme, par exemple en proposant des échanges informels ou en reformulant les attentes pour les rendre plus accessibles.
  • Garantir la légitimité par la pratique :
    La conciergerie incarne et rappelle un principe fondateur du 97 : toute contribution, même modeste ou maladroite, a sa place. Elle accueille les nouvelles idées avec curiosité, transformant les propositions naïves ou marginales en pistes d’expérimentation pour le groupe. En agissant ainsi, elle élargit constamment le cercle des contributeurs et empêche le collectif de se refermer sur un noyau d’usagers habituels.
  • Un pont entre les outils et les individus :
    En lien avec les autres dispositifs (Discord, Odoo, HedgeDoc), la conciergerie facilite l’accès aux outils pour ceux qui les maîtrisent moins, et traduit les besoins des uns et des autres pour fluidifier les interactions. Elle joue ainsi un rôle de médiation invisible, mais essentiel pour maintenir l’équilibre entre fluidité et cohésion.

Exemple concret :

Quand un nouveau venu hésite à s’impliquer, la conciergerie peut :

  • Lui proposer une micro-tâche (ex. : aider à préparer un repas) pour l’intégrer progressivement.
  • Relayer sa parole en vie coopérative si elle n’a pas été entendue.
  • Lui montrer comment utiliser les outils numériques ou participer aux décisions, sans jugement.

Pourquoi ça marche ?

Parce que la conciergerie ne gère pas, mais facilite :

  • Elle ne décide pas à la place des autres, mais crée les conditions pour que chacun puisse agir.
  • Elle ne résout pas les tensions, mais les rend visibles et tolérables en les accueillant sans les dramatiser.
  • Elle ne contrôle pas, mais veille à ce que personne ne reste en marge — sans jamais forcer la participation.

En somme, la conciergerie est à la fois un outil d’inclusion et une posture : celle qui consiste à prendre soin des distances (affectives, organisationnelles, numériques) pour que le collectif reste ouvert et réactif. C’est cette attention qui permet au 97 de concilier auto-organisation et accueil inconditionnel, évitant ainsi l’écueil de l’entre-soi.

L’accueil des différences comme rempart contre la fermeture

La force du 97 tient en partie à sa capacité à intégrer des profils variés – des étudiants aux retraités, des technophiles aux réfractaires du numérique. Cette diversité nourrit l’intelligence collective, mais exige aussi un effort permanent de traduction et d’adaptation. Les outils numériques (Discord, Odoo) facilitent la coordination, mais peuvent aussi créer des barrières pour ceux qui les maîtrisent moins. Pour y répondre, le lieu mise sur :

  • La redondance des canaux : Une information importante est partagée à la fois en ligne, en affichage physique, et en séance plénière, pour toucher tout le monde.
  • La pairémulation : Les usagers plus à l’aise avec les outils aident les autres sans jugement, en considérant que chaque compétence s’apprend.
  • La reconnaissance des rythmes individuels : Certains participent activement aux discussions, d’autres agissent en silence. Les deux formes d’engagement sont considérées comme valables, ce qui permet à des personnalités très différentes de coexister.

Un modèle exigeant en énergie et en confiance

Cette approche demande du temps et de l’énergie – non pas pour gérer, mais pour rester attentif aux autres et à soi-même. Écouter les billets d’humeur, ajuster ses comportements, proposer des initiatives sans savoir si elles seront suivies peuvent peser. Pourtant, c’est précisément cette attention qui empêche le collectif de se refermer. Elle transforme les différences en opportunités plutôt qu’en sources de division. Par exemple, un usager qui exprime un besoin atypique (un horaire décalé, un espace spécifique) voit souvent sa demande accueillie comme une piste d’amélioration pour tout le groupe.

La solitude du porteur de vigilance

Je le sais par expérience : veiller aux équilibres du collectif, prêter attention à ceux qui n’osent pas encore prendre leur place, ou simplement remarquer les absences et les silences, c’est un travail qui passe souvent inaperçu. Dans une de mes lettres, j’avais noté : “Defendre cette voie, c’est aussi accepter de se sentir seule parfois, car peu de gens comprennent vraiment ce que ‘veiller aux distances’ veut dire.” Ce n’est pas une plainte, juste un constat.

Pourtant, c’est cette attention discrète — essayer de voir qui se sent à l’écart, rappeler que chaque contribution a sa valeur, même la plus modeste — qui permet au 97 de rester un lieu où chacun peut trouver sa place sans avoir à se justifier. Un espace où l’on peut arriver sans savoir comment faire, où l’on peut proposer une idée maladroite sans crainte, ou simplement observer avant de s’engager.

Cette vigilance, je la porte comme on entretient un jardin : sans bruit, mais avec constance. Parce que c’est dans ces petits gestes — un mot d’encouragement, une question posée au bon moment, un espace laissé ouvert pour écouter celui ou celle qui a passé la porte — que le collectif reste vivant et accueillant.

Ce que les défis du 97 nous enseignent

Les tensions et les fragilités que nous rencontrons au 97 ne sont pas des obstacles, mais des signaux utiles. Elles nous rappellent que l’auto-organisation est un travail de tous les jours, qui demande de prendre soin des liens et de faire attention aux autres.

Elles nous montrent à quel point il est essentiel de cultiver l’inclusion au quotidien : pas comme un grand principe, mais comme une attitude concrète — un regard, une question, un espace laissé ouvert. C’est dans ces petits gestes, souvent invisibles, que le lieu reste à la fois vivant et accueillant, un écosystème où chacun peut trouver sa place et grandir à son rythme, sans avoir à se conformer ou à se justifier.

C’est ce travail patient, fait de présence et d’écoute, qui permet au 97 de rester un lieu où l’on se sent libre d’être soi, sans crainte d’être ignoré ou exclu.

Voici une conclusion positive et affirmative, sans négations, qui met en valeur la force et l’originalité de votre approche :

Le 97, une expérience concrète d’intelligence partagée

Au 97, l’intelligence collective se vit au quotidien. Elle prend forme dans les billets d’humeur qui circulent, dans les espaces qui s’organisent spontanément, dans les initiatives qui émergent sans plan préétabli. Comme un banc de poissons, le lieu démontre à mon sens, qu’une coordination fluide et réactive est possible, fondée sur des règles simples et une attention constante aux signaux du groupe.

Trois piliers portent cette dynamique :

  • Des outils qui rendent visibles les besoins et les tensions (billets, vie coopérative, conciergerie).
  • Une culture de l’écoute où chaque parole, chaque silence, chaque action compte.
  • Une confiance dans le processus : les solutions apparaissent quand le collectif est prêt à les accueillir.

Ce que le 97 nous offre :

  • Un espace où chacun trouve sa place, qu’il arrive avec des idées claires ou simplement avec l’envie d’observer.
  • Un lieu qui s’adapte en permanence, grâce à la vigilance partagée et à la souplesse des routines.
  • Une preuve que l’auto-organisation fonctionne, quand on cultive la patience et l’attention aux autres.

Le 97 n’est pas un modèle figé, mais un laboratoire vivant où se testent chaque jour de nouvelles façons de faire ensemble. Il montre que :

  • Les tensions deviennent des moteurs de changement quand on les accueille sans jugement.
  • Les différences enrichissent le collectif quand on leur laisse de l’espace.
  • Les petites actions transforment le groupe quand on leur donne du sens.

Une inspiration pour demain : Le 97 me rappelle que les collectifs les plus résilients et robustes sont ceux qui savent écouter, ajuster leurs distances, et faire confiance à l’intelligence émergente. J’ai l’idée que cette voie est exigeante, mais porteuse d’espoir pour tous ceux qui cherchent à concilier liberté individuelle et puissance collective.

“Ici, j’ai appris que l’essentiel ne se décide pas, mais se cultive – comme un jardin où chaque geste, même modeste, contribue à faire grandir le tout.”

La chair du temps
Une histoire de sentiment