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Sixième séance : « Le père, ce tiers qui déplace les croyances »

Séminaire de psychanalyse libre et open source 2025–2026

Pourquoi ce texte ?

Ce texte restitue les échanges tels qu’ils ont eu lieu lors de la séance du 16 avril 2026. Chaque participant·e peut :

  • ajouter ce qui manque à son récit,
  • modifier les formulations qui ne correspondent pas à son vécu,
  • compléter en disant : « Moi, j’ai vécu ça différemment. »

L’enjeu : garder la trace de nos paroles, avec leurs répétitions, leurs silences et leurs contradictions, pour en faire un matériel commun.

« Et les pères, alors ? »

Trace des échanges – 16 avril 2026

On avait parlé des mères. Aujourd’hui, les pères.

Les séances précédentes avaient fait émerger les figures maternelles. Puis une question s’est posée : « Et les pères, alors ? » Pas ceux des livres, mais nos pères à nous – ceux qu’on a vus, ceux qu’on a imaginés, ceux qu’on a remplacés.

Aujourd’hui, on a écouté ce que ces pères, par leur présence ou leur absence, ont laissé comme traces en nous.

1. Des pères présents… mais où ?

« Il regardait ma mère, pas moi »

« Mon père, il faisait les devoirs avec moi, il me grondait, il était ‘présent’. Mais est-ce qu’il m’a jamais regardée, vraiment ? Non. Il regardait ma mère. Même après leur divorce, c’est à elle qu’il parlait pour avoir des nouvelles… de moi. Comme si j’étais un colis qu’il avait confié à elle. »

Le père tourne son attention vers la mèrelaissant l’enfant en dehors de son champ de vision.

« Il s’occupait de nous, oui. Mais il ne nous parlait pas. Il ne nous adressait rien en direct. »

Il reproduit les attentes de la mère, sans jamais s’adresser directement à l’enfant.

→ Ce que ça installe :

L’enfant grandit avec l’idée que la mère est la seule référence.

« Tout ce qu’elle disait devenait doublement vrai : elle avait raison, et lui aussi validait ses mots. »

L’enfant se sent invisible ou secondaire.

« Un tiers, c’est quelqu’un qui permet de dire : ‘Et si ma mère avait tort ?’ Lui, il ne posait jamais cette question. Il regardait ailleurs. »

« Il m’a appris à prendre sa place »

« Mon père me disait : ‘Remplace-moi. Aide ta mère. Tiens-lui compagnie.’ J’avais 10 ans. Je faisais les courses avec elle, je dormais dans son lit quand il partait. Comme si j’étais son double. »

Le père demande à l’enfant de jouer son rôlerenforçant la fusion avec la mère.

« Il me tapait sur l’épaule comme si j’étais un garçon, comme si ma féminité était un problème. »

→ L’effet :

« J’ai mis des années à réaliser que je n’étais pas elle. Que j’avais le droit d’exister en dehors de leur histoire. »
« Quand mes parents se disputaient, il me reprochait : ‘Regarde dans quel état tu la mets !’ Comme si j’étais responsable de leur conflit. »

« Il m’a appris la peur »

« Mon père, je l’aimais et je le craignais. Il me battait. Alors je me collais à ma mère, comme si elle seule pouvait me protéger. »

Le père génère de la peurpoussant l’enfant vers la mère.

« Elle était douce, mais une douceur étouffante, parce qu’il n’y avait pas d’autre espace. »

→ Le paradoxe :

« Elle était tout pour moi : ce que je désirais et ce que je détestais. Parce qu’il n’y avait pas d’autre tiers. »

2. Des pères absents : et maintenant ?

« Elle a effacé ses traces »

« Elle a rayé son nom, brûlé ses photos, comme s’il n’avait jamais existé. Résultat : elle est devenue la seule référence. »

Quand le père disparaît, la mère occupe tout l’espace.

« Tout ce qu’elle disait devenait la vérité. Tout ce qu’elle voulait devenait une obligation.»

→ La mère comme unique repère :

« Je lui en ai voulu de m’avoir volé mon père. En réalité, je lui en ai voulu de m’avoir volé ma place. »
« Elle a gardé son nom de famille. C’était la seule trace de lui. Et moi, je portais ce nom comme un fardeau. »

« Maintenant, il est partout »

« Avant, il était là, et je ne le remarquais même pas. Maintenant, il est parti, et il travaille mes pensées. »

La mort du père le transforme en présence active.

« Ma mère a voulu venir vivre chez moi après sa mort. Mon mari a dit non. C’est lui qui a incarné le tiers. »

→ Un tiers posthume :

« Maintenant, je dois veiller à ne pas retomber dans la fusion avec elle. »
« Parfois, je me surprends à penser : ‘Qu’est-ce qu’il en aurait dit ?’ Comme s’il observait encore. »

« J’ai construit mes propres repères »

« Mon père ne m’a jamais soutenue. Alors j’ai écrit. J’ai créé. Comme si c’était ça, mon tiers. »

Quand le père ne joue pas son rôle, d’autres figures prennent le relais :

  • Un conjoint (« Mon mari a incarné mon tiers séparateur »).
  • Un projet (« Écrire, c’est ma manière de me détacher »).

→ Créer ses propres tiers :

« Peut-être que le vrai tiers, c’est ça : un espace où on peut simplement être. »

3. Ce que les pères nous laissent

« Il m’a montré une autre scène »

« Un jour, mon père m’a parlé d’une artiste. Elle sculptait des femmes rondes, puissantes. Il m’a dit : ‘Regarde, une femme peut être comme ça.’ Ça m’a marquée. »

Le père transmet des possibles, même sans le vouloir.

« Il m’a ouvert des portes. »

→ Le père comme révélateur :

« Il m’a montré qu’il existait d’autres façons de voir le monde. »

« J’ai cherché des tiers partout »

« J’ai passé ma vie à chercher des hommes, des projets, tout ce qui pouvait faire tiers.»

Quand le père ne remplit pas sa fonction, on invente des tiers :

  • Un conjoint (« Mon mari m’a aidée à dire non »).
  • Un travail (« Mon métier, c’est mon espace de liberté »).

→ Un tiers, ça se construit :

« Ce qui compte, c’est d’avoir quelqu’un ou quelque chose qui permet de croire en autre chose. »

Pour clore (provisoirement)

Cette séance a montré que le père n’est pas une fonction fixe. Il peut être :

  • Un double de la mère (quand il valide ses attentes).
  • Un tout pour la mère (qui l’enlève à l’enfant)
  • Un absent qui structure la scène (quand son effacement laisse la mère comme seule référence).
  • Un révélateur (quand ses actes ouvrent des possibles).
  • Un tiers à réinventer (quand d’autres figures prennent le relais).

La question qui reste :

Et si le père nous montrait d’autres façons de croire, nous permettaient de croire autrement qu’uniquement par notre mère ?

« Peut-être que le vrai travail, c’est de trouver nos propres tiers. »
« Depuis que mon père est mort, il travaille mes pensées. »
« Mon conjoint m’a aidée à dire non. »
« Écrire, c’est ma manière de me séparer. »

Détails Pratiques

Dates des rencontres : 20 septembre 2025, 18 octobre 2025, 15 novembre 2025, 17 janvier 2026, 21 février 2026, 21 mars 2026, 18 avril 2026, 16 mai 2026.

Heures : De 16h à 18h (heure française).

Pour lire l'ensemble des travaux

  • L’argumentaire et inscription : cliquez ici
  • Point d’étape: cliquez ici
  • Première séance: Autour du croire cliquez ici
  • Seconde séance: Croire & Parole cliquez ici
  • Troisième séance: Croire & Foi cliquez ici
  • Quatrième séance:  Croire & corps cliquez ici
  • Cinquième séance: Comment croit-on encore qu’on appartient à sa mère à 50 ans ? cliquez ici
  • Sixième séance : « Le père, ce tiers qui déplace les croyances » cliquez ici

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