Mon article « Indemnités des élus locaux en 2026 » tentait d’apporter une première compréhension des mécanismes qui régissent les indemnités des élus. L’article de la journaliste Éléonore Tournier, paru en ligne le 30 avril 2026 et en version papier le 3 mai 2020 dans L’Est Républicain, complète et précise cette analyse en apportant des données chiffrées exactes et en vérifiant des informations circulant publiquement.
Les précisions apportées par l’enquête d’Éléonore Tournier
L’article de la journaliste apporte des éléments concrets qui complètent et corrigent certaines des données que j’avais utilisées.
Elle a précisé les montants réels perçus par Ludovic Fagaut :
- 5 606,75 € bruts mensuels en tant que maire de Besançon.
- 4 459,03 € bruts mensuels en tant que président de Grand Besançon Métropole.
- 2 877,10 € bruts mensuels en tant que vice-président du Conseil départemental du Doubs.
- 444,92 € bruts mensuels en tant que président du syndicat mixte du Marais de Saône.
Avec ces quatre mandats, le total théorique de ses indemnités s’élève à 13 389 € bruts mensuels. Le plafond légal pour le cumul des indemnités locales étant de 8 897,93 € bruts mensuels, le surplus de 4 491,07 € est reversé à Grand Besançon Métropole.
La méthodologie journalistique d’Éléonore Tournier : une étude de cas
L’article illustre les principes fondamentaux du journalisme : recueillir, vérifier, hiérarchiser et expliquer.
Rechercher la vérité : recueillir et confronter les déclarations
Éléonore Tournier a recueilli les déclarations publiques des élus, notamment celles de Ludovic Fagaut lors du conseil municipal du 23 avril 2026 :
« Il faut parler avec les vrais chiffres. Si l’on ramène [l’indemnité] au montant net, et une fois impôts retranchés, je vais être à 3 800 € en tant que maire. Soit 172 € de plus par rapport au mandat précédent. Je n’ai rien à cacher. »
Elle a également vérifié les informations circulant sur les réseaux sociaux concernant Anne Vignot qui aurait touché sa retraite en même temps que sont mandat de Maire.
Vérifier les informations : croiser les sources et exiger des preuves
Éléonore Tournier a sollicité directement les élus pour obtenir des preuves tangibles :
- Ludovic Fagaut a été interrogé sur le détail de son calcul de 172 € nets d’écart avec Anne Vignot. Il n’a pas répondu à ces demandes.
- Anne Vignota été également interrogé, elle a fournis des états d’indemnités et démenti les rumeurs selon lesquelles elle aurait perçu une pension de retraite en complément de ses indemnités. Le CNRS a confirmé qu’Anne Vignot était détachée pendant son mandat et non en retraite. Elle a également demandé sa réintégration fin mars 2026, ce qui prouve qu’elle n’a pas touché de pension pendant son mandat.
En l’absence de réponse de Ludovic Fagaut, Éléonore Tournier a croisé ses informations avec d’autres sources :
- états d’indemnités d’Anne Vignot, documents officiels émis par les collectivités qui détaillent les montants bruts perçus. Sur cette base, Éléonore Tournier a estimé un écart d’environ 700 € nets mensuels entre les revenus d’Anne Vignot et ceux déclarés par Ludovic Fagaut, en appliquant une hypothèse de calcul à partir des barèmes fiscaux standards. Cette estimation reste une approximation, car la journaliste n’a pas eu accès aux fiches de paie complètes permettant de connaître le taux d’imposition exact de chaque élu.
- Les avis d’avocats spécialisés en droit du travail, qui ont confirmé que comparer des nets après impôts n’avait aucun sens.
Rendre compte avec rigueur : hiérarchiser l’information et expliquer les mécanismes
La journaliste a hiérarchisé l’information en mettant en avant les montants bruts, expliqué les mécanismes derrière les indemnités des élus, et démonté les comparaisons trompeuses.
Un positionnement neutre et rigoureux
La journaliste ne prend pas parti. Elle met en lumière les informations disponibles :
- Ludovic Fagaut déclare un écart de 172 € nets, et ne fournit aucune preuve.
- Anne Vignot transmet des états d’indemnités et dément les rumeurs.
Ce que cela révèle à mon sens : transparence et importance de la vérification
L’enquête transcrite dans cet article du 3 mai 2026 montre que les élu·e·s n’adoptent pas tous la même attitude face à la demande d’informations :
- Ludovic Fagaut, lui, a déclaré des chiffres précis… mais sans les étayer.
- Anne Vignot a fourni des états d’indemnités et répondu aux questions.
Or, cette différence de transparence est cruciale quand on aborde des sujets complexes comme les revenus. Sans données claires et sourcées, les débats glissent vers des comparaisons trompeuses.
Pourquoi les nets après impôts ne sont pas comparables
C’est ce que rappellent les avocats spécialisés en droit du travail, consultés par Éléonore Tournier :
« Comparer des sommes en net après impôts n’a pas de sens, car le taux d’imposition fluctue beaucoup d’une personne à l’autre en fonction de variables qui n’ont rien à voir avec le travail : le statut conjugal, les enfants, des crédits d’impôt, le patrimoine… C’est comme si on comparait des choux avec des carottes. »
Les défis de l’information : entre rigueur et postures variables
Quand j’analyse le travail des journalistes, je me rends compte à quel point leur rôle est complexe. Les contraintes sont nombreuses : choix des angles, accès inégal aux informations, pression du temps. Certains, comme le journaliste de France 3 lors du débat d’entre-deux-tours à Besançon, adoptent une posture que j’ai déjà décortiquée dans cet article, une approche qui peut laisser peu de place à la nuance ou à la profondeur.
D’autres, comme la journaliste de cet article du 3 mai 2026 de l’Est Républicain, semblent s’inscrire dans une autre tradition, plus proche selon moi de la convention de Munich : une volonté de rigueur, de vérification, et de mise en contexte des données. Je note la différence, les pratiques varient, et ces variations ont un impact direct sur la qualité de l’information.
Transparence et gouvernance : ce que l’on peut en tirer
Ce qui ressort de ces observations, c’est que l’information dépend largement de la posture de celles et ceux qui la produisent. Certains élus coopèrent, d’autres éludent. Certains journalistes creusent, d’autres surfent. Mon rôle à moi, c’est de rendre compte de ces dynamiques pour éclairer mes décisions au quotidien, dans ma contribution à un vivre-ensemble à l’échelle de mon quartier, de ma ville, pour faire vivre ce premier kilomètre de démocratie et exercer mon droit de vote quand il m’est demandé de me rendre à l’isoloir.
Et toi, qu’en penses-tu ?
As-tu déjà essayé de vérifier des informations sur tes élus locaux ? As-tu consulté les délibérations de ta commune ? Ou as-tu remarqué des déclarations publiques qui mériteraient d’être vérifiées ? Et du côté des journalistes, comment vois-tu leur rôle dans tout ça ?
N’hésite pas à partager tes réflexions ou tes découvertes en commentaire.
Pour aller plus loin :
- L’article d’Éléonore Tournier : L’Est Républicain – « Combien gagne Ludovic Fagaut ? Le vrai du faux sur les indemnités du maire de Besançon ».
- Mon article précédent sur les indemnités des élus locaux: « Indemnités des élus locaux en 2026 ».
- Les sources officielles :
Christine Jeudy | Psychanalyste | Besançon