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1. Elections municipales Besançon, analyse du débat d'entre deux tours sur France 3

Analyse de la posture et de la rhétorique du journaliste

Note liminaire : une analyse citoyenne à partager et enrichir

Ce texte est celui d’une citoyenne bisontine qui a voulu comprendre les dynamiques d’un débat politique pour mieux saisir ce qui s’y joue. Sans prétendre à l’expertise, j’ai tenté d’analyser les stratégies, les mots et les silences qui structurent ces échanges, car ils façonnent notre vision de la ville et de ses enjeux.

Mon but ? Ouvrir une discussion avec vous, citoyens, pour :

  • Échanger sur ce que vous avez perçu,
  • Affiner cette analyse grâce à vos retours et vos expériences,
  • Imaginer ensemble comment rendre ces débats plus éclairants pour tous.

Ce travail est une invitation :

  • À partager vos propres observations,
  • À proposer des pistes pour améliorer la qualité des échanges politiques,
  • À construire une réflexion collective sur la démocratie locale.

Introduction : Pourquoi ce débat m’a laissée frustrée

J’ai regardé le débat municipal de Besançon du 15 mars 2026 en entier. Pas par plaisir, mais parce que je me disais : « Christine, c’est important, la politique, c’est l’avenir de ta ville. » Pourtant, à la fin, j’ai eu cette sensation étrange, ce mélange de frustration et d’incompréhension. Ce n’était pas tant les candidats qui me dérangeaient. C’était la manière dont le journaliste menait les échanges.

Alors, j’ai décidé de décortiquer ce qui m’a gênée, phrase par phrase, pour comprendre pourquoi ce débat m’a laissée sur ma faim. Et surtout, pour trouver des pistes pour que, la prochaine fois, je ne ressente pas la même frustration.

Analyse des interventions du journaliste : posture et effets sur le débat

1. « Madame Vignot, plus de 6,5 points de retard… N’est-ce pas d’abord un terrible désaveu pour la maire sortante que vous êtes ? »

(00:02:07 – 00:02:12)

Ce que j’ai ressenti en tant qu’auditrice :

Dès la première question, j’ai eu un malaise« Terrible désaveu » : deux mots qui placent madame Vignot sur la défensive. On ne lui demande pas « Comment analysez-vous ce résultat ? », mais « Avouez que c’est un échec, non ? ».

Ce que ça m’a fait :

  • J’ai eu l’impression que le journaliste ne cherchait pas à comprendre, mais à mettre madame Vignot en difficulté.
  • Résultat : Elle a dû passer les premières minutes à se défendre, au lieu d’expliquer ce qu’elle comptait faire pour Besançon.
  • Pour moi : J’ai eu l’impression qu’on me privait d’informations. On me parlait de son « échec », mais pas de son projet. Et ça, ça m’a frustrée.

Ce que j’aurais aimé entendre :

  • « Quelles sont les raisons de ce retard, selon vous ? »
  • « Quelles leçons en tirez-vous pour la suite ? »
    Ces questions auraient permis d’avoir une analyse, pas juste une accusation.

2. « Monsieur Fagaut, vous avez dépassé la barre des 40 %… Est-ce que la ville est désormais pour vous à portée de main ? »

(00:04:25 – 00:04:43)

Ce que j’ai ressenti en tant qu’auditrice :

Là, le ton a changé du tout au tout. « Du jamais vu »« à portée de main » : on dirait un commentateur sportif qui annonce la victoire de son favori. « Est-ce que la ville est à portée de main ? » — sous-entendu : « Allez, dites-nous que vous allez gagner ! ».

Ce que ça m’a fait :

  • J’ai eu l’impression que monsieur Fagaut avait droit à une question positive, tandis que madame Vignot devait se défendre.
  • Pour moi : J’ai eu l’impression qu’on me présentait un candidat comme un vainqueur, sans m’expliquer pourquoi il avait ce score. On me vendait du rêve, pas de l’analyse.

Ce que j’aurais aimé entendre :

  • « Quels sont les points de votre programme qui ont séduit les électeurs ? »
  • « Comment expliquez-vous ce score ? »
    Ces questions auraient permis de comprendre les attentes des Bisontins, pas juste de constater un score.

3. « Monsieur Fagaut, vous parlez d’un choix dangereux… En quoi Séverine Véziès représente-t-elle un danger pour Besançon ? »

(00:09:50 – 00:10:24)

Ce que j’ai ressenti en tant qu’auditrice :

Le journaliste reprends les mots de monsieur Fagaut (« choix dangereux »), mais ne lui demande pas de préciser« En quoi c’est un danger ? » — mais pas « Quels sont les faits qui étayent cette affirmation ? ».

Ce que ça m’a fait :

  • J’ai eu l’impression que monsieur Fagaut pouvait critiquer sans avoir à justifier.
  • Pour moi : J’ai eu l’impression qu’on me présentait une accusation, mais pas les arguments pour la comprendre.
  • Résultat : J’ai retenu « La LFI, c’est dangereux », mais sans savoir pourquoi.

Ce que j’aurais aimé entendre :

  • « Quels sont les points précis du programme de Séverine Véziès qui posent problème ? »
  • « Quelles sont vos alternatives pour répondre aux mêmes enjeux ? »
    Ces questions auraient permis d’avoir un débat sur les solutions, pas juste une critique.

4. « Vous avez dit ‘je serai le maire de l’ordre’… Est-ce que vous sous-entendez donc que madame Vignot a été la maire du désordre ? »

(00:12:14 – 00:12:21)

Ce que j’ai ressenti en tant qu’auditrice :

Le journaliste impose une opposition (« ordre vs. désordre »), mais ne demande pas d’arguments« Est-ce que vous sous-entendez que… ? » — mais pas « Quels sont les indicateurs qui montrent un désordre ? ».

Ce que ça m’a fait :

  • J’ai eu l’impression qu’on me présentait un débat en noir et blanc, sans nuances.
  • Pour moi : J’ai eu l’impression qu’on me parlait de slogans, pas de réalités complexes.

Ce que j’aurais aimé entendre :

  • « Quels sont les indicateurs précis qui montrent un désordre ? »
  • « Quelles sont vos mesures concrètes pour améliorer la sécurité ? »
    Ces questions auraient permis d’avoir une analyse, pas juste une opposition.

5. « Sur la question de la sécurité, madame Vignot, vous n’avez pas fait assez. Pourquoi feriez-vous la différence ? »

(00:13:24 – 00:13:35)

Ce que j’ai ressenti en tant qu’auditrice :

« Vous n’avez pas fait assez. » Point. Pas « Qu’avez-vous fait ? », pas « Quels sont vos projets ? ». Juste « Pourquoi vous allez faire mieux maintenant ? ».

Ce que ça m’a fait :

  • J’ai eu l’impression que madame Vignot devait se justifier, sans pouvoir expliquer ses actions ou ses projets.
  • Pour moi : J’ai eu l’impression qu’on me privait d’informations concrètes pour comprendre son bilan et ses propositions.

Ce que j’aurais aimé entendre :

  • « Quelles sont les actions que vous avez menées en matière de sécurité ? »
  • « Quelles sont vos propositions pour l’avenir ? »
    Ces questions auraient permis d’avoir une évaluation des politiques menées, pas juste une critique.

6. Ce que j’en retire : ce que j’ai compris de mon malaise

En décortiquant ce débat, j’ai compris d’où venait ma frustration :

  1. Le journaliste pose des questions qui ne poussent pas les candidats à préciser ou à justifier leurs propos :
    • « Terrible désaveu » → Pas « Pourquoi ? ».
    • « Choix dangereux » → Pas « Quels sont les faits ? ».
    • « Maire du désordre » → Pas « Quels indicateurs le montrent ? ».
      Résultat : J’ai eu des impressions, pas des analyses.
  2. Les candidats répondent, mais sans étayer :
    • Parce qu’on ne leur demande pas d’où viennent leurs affirmations, ils peuvent rester vagues (ou pas, je m'en vais écrire un autre article sur ce point).
    • Effet : J’ai eu des slogans, pas des propositions concrètes.
  3. Moi, en tant qu’auditrice, je suis restée sur ma faim :
    • J’ai eu l’impression d’avoir perdu mon temps.
    • Pourquoi ? Parce que je n’ai pas eu les éléments pour comprendre.

Alors, que faire ?

  • Devenir une auditrice active :
    • Noter les questions qui manquent : « Pourquoi ? »« Comment ? »« Quels sont vos arguments ? ».
    • Aller chercher les réponses ailleurs : dans les programmes, les réunions publiques, les ateliers citoyens.
  • Exiger mieux des médias :
    • Écrire aux rédactions : « Pourquoi ne posez-vous pas de questions sur les arguments ? ».
    • Soutenir les médias qui font autrement : ceux qui donnent la parole aux citoyen·nes, qui creusent les arguments, qui évitent les pièges.

Parce que la démocratie, ce n’est pas un spectacle. C’est un processus. Et si je veux qu’elle vive, il faut que j’exige des arguments, pas des impressions.

Et vous, ça vous parle ?

  • Est-ce que vous aussi, vous trouvez que les débats politiques manquent de profondeur ?
  • Quelles questions aimeriez-vous entendre poser aux candidats ?
  • Comment faites-vous pour aller plus loin ?

Pour voir la séquence télévisuelle en replay: cliquez ici

PS : Si ce sujet vous intéresse, on peut en discuter autour d’un café (virtuel ou réel). Parce que la démocratie, ça se construit aussi dans l’échange.

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