Le Château ambulant (2)
De la machine à faire des représentations à la naissance du Sujet

L’intérieur du château

La porte du château par laquelle est entrée Sophie ouvre sur plusieurs endroit différents dans le monde : le couleur bleue correspond à la porte du port d’un pays, le vert les landes, et le rouge la capital d’un autre pays.

Un peu comme dans mes rêves quand ma machine à faire des représentations m’emporte dans un lieu ou un autre. Chacune de ses destinations dans mon rêve est autant de pièce de mon inconscient. Lorsque j’ouvre ses portes je m’élance dans une découverte de nouveauté me concernant. Tout comme dans mes rêves, le propriétaire du château change de nom, une fois Monsieur Jenkins, une autre Pandragon… ma machine à faire des représentations utilises elle aussi ces mécanismes, comme si j’étais construite de tout un tas de moi différents. Le fait de changer les noms dans mes rêves se traduit pas changer de visage et permet à ma censure de bien fonctionner, de dire non ce n’est pas moi Chirstine qui porte cette idée c’est forcement un autre, avec un autre nom. L’analogie va encore plus loin. Dans ce film deux des portes mènent dans deux pays qui se font la guerre… tout comme dans mon inconscient. Oui dans mes rêves je croise des états en guerre : mon désir incestueux pour l’un de mes parents et mon surmoi venant me l’interdire parce que ça se fait pas, alors ça chauffe dans mon intérieur. Parfois je tente de faire la Suisse, ou de régler le problème, mais en général c’est là que les symptôme empire, dans mon corps ou bien sous forme de décisions à la mort moi le nœud en vie de veille : un peu comme Hauru lorsqu’il revient de la porte couleur noire. L’apaisement vient chez moi de l’analyse, autrement dit de voir chacune des parties de moi, de m’en faire une représentation. L’analyse ne gomme pas le conflit, ne règle pas elle me permet juste de mieux me connaître, y compris derrière ma porte couleur noir et de pouvoir dire « ah c’est juste ça »

La castration

Hauru sent la présence d’un morceau de papier enchanté dans la poche de Sophie, lorsqu’il le touche, celui ci devient incandescent et laisse une trace sur la table, trace qui m’évoque une trace de castration laissé par celle qui se sent éconduite : la sorcière des landes, un sort comme une tentative de castration de Hauru : à défaut de marquer son propre corps, la sorcière fait un trou dans la table de Hauru.

Marco se demande si Sophie ne serait pas une sorcière. S’en est trop pour Sophie qui a déjà beaucoup perdu, elle se met alors dans une grande colère, parce qu’elle voudrait parler du maléfice, mais elle ne peut pas ça fait justement parti du maléfice. Ce maléfice est pour moi une métaphore de mon refoulement, il m’interdit de dire qu’on m’a enlever un truc : non pas ma beauté comme Sophie, mais mon zizi et c’est bien de la même chose dont il s’agit. C’est l’analyse qui me permet de le dire, de lever le maléfice en quelque sorte, de lever le refoulement quoi. Ne pas pouvoir parler de ma castration s’est parce que mon refoulement m’en empêche, il m’en empêche parce qu’une partie de moi ne veut pas voir, alors quoi dire de ce que l’on ne voit pas ? ben pas grand chose. Hauru fait disparaître le trou dans la table mais dit « le maléfice est très puissant et il est toujours là » Autrement dit même lorsque l’on voile le trou la castration, par de la beauté par exemple, la castration reste présente soit parce qu’il y a le risque de perdre le zizi, soit parce qu’il est déjà perdu.

Sophie se mets à faire le ménage dans le château ambulant. Elle frotte fort, elle lave. Un peu comme la morale tente de laver l’idée sale de l’inceste et l’horreur de la castration. Je pense à une autre expression de ce mécanisme, au cinéma dans Matrix, l’agent Smith, il est là pour enlever de la matrice toute aspérité qui désire. À laver aussi fort Sophie manque d’éteindre calcifère, métaphore du désir.


C’est Hauru qui prendra soin de raviver la flamme, tout en disant à Marco de demander à la femme de ménage de mettre moins d’ardeur, que c’est pas bon pour elle. Tu m’étonnes, ça a jamais été bon pour moi d’éteindre mon désir hein, mais la morale qui confond le mot et la chose ça fait ça chez moi. Mon désir c’est bien souvent un homme qui me le ravive. Je m’accroche à un phallus au risque de tomber amoureuse. Je trouve savoureuse l’image de Calcifère qui s’éteint donné par le réalisateur, accroché à un morceau de bois comme moi à un phallus, en train de lutter pour ne pas tomber.

L’origine de la machine à faire des représentations

Le repas bien fourni pris dans le château me rappelle ceux de la cuisine chez mes parents. La cuisine de mes parents est une représentation du ventre de ma mère, première matrice qui m’a permis de naître. Alors quand je me mets au monde moi même, mon inconscient n’a de cesse de se servir de cette image pour mettre en représentation cette maïeutique de naissance de moi en tant que Sujet.
Je ne sais pas si le réalisateur a vu ce qu’il a produit, mais lorsqu’il fait partir Hauru dans un bain chaud, j’ai tout de suite pensé au ventre de ma mère: le liquide amniotique bon chaud autour de mon corps.

Mon association s’est trouvé confirmé lorsque Sophie entre pour laver la salle de bain. Elle est très sale et pleine de couleurs, comme si il restait des traces de choses non encodé, de non mis en représentation. Ces couleurs sont des restes, des miettes, des copeaux issues du travaille d’encodage, de mise en représentations. Le lieu me rappelle le ventre de ma mère, lieu ou mon corps s’est formé, lieu de ma première naissance, alors mes rêves viennent emprunter ces images comme cœur de ma machine à faire des représentations. Comme la salle de bain du château ambulant, je rêve souvent de piscine, de lac, de petite marre permettant de se baigner.

La cohabitation de deux états contraires

Une fois sa colère énergisante passée, Sophie retrouve Navet coincé la tête en bas dans une fente du Château.

Il éprouve une véritable affection pour Mamie Sophie, il la suit partout. Et même si le doute demeure sur son côté magique et dangereux, Sophie ne peut s’empêcher de penser que sans lui elle ne serait pas ici. Calcifère a arrêté le château près du lac aux étoiles, dans les montagnes. Après avoir passé une journée à faire la lessive avec Navet et Marco, voici Sophie assise en train de mirer la surface du lac et de dire qu’elle ne s’est jamais senti aussi apaisée. Je me reconnais en elle, dans ce moment ou après avoir regardé toutes les immondices de mon intérieur, j’ai le sentiment d’un apaisement après la tempête.

Pendant ce temps, Hauru est aux prisent dans une guerre entre deux pays. Cette guerre laisse des traces sur son corps, le risque pèse sur sa vie.

Lors de ces combats, il se transforme pour partie en oiseau, phallus volant au prise avec d’autre phallus volant. Le risque majeur de ces transformations est qu’il reste à tout jamais dans sa forme oiseau, prêt à s’envoler comme l’expression « le petit oiseau va s’envoler » le zizi qui s’envole en somme. Cette nuit là il a été attaqué par des semblable, des sorciers transformés en monstre. Pour lui, ils ne regretteront pas de ne plus pouvoir retrouver leur forme humaine : parce qu’ils ont déjà oublié le goût des larmes. Cette allusion aux larmes me fait dire que bien souvent on demande, surtout aux garçons de ne plus pleurer, parce que quand on est grand et qui plus est quand on est un homme on ne pleure pas. Cette injonction de la société, des grands est la résultante de la propre propension de l’adulte à ne pas savoir gérer ce petit autre, chair de leur chair, qui pleure, qui éprouve un sentiment de tristesse ou d’ amour. Ils ont eux même oublié le goût des larmes, parce que eux même, petits ils ont aussi entendu que quand on devient grand on ne pleure plus. Je fais aussi l’hypothèse que le refoulement des adultes quand à l’œdipe et la castration vient renforcer le fait qu’ils ne veulent pas voir que leur enfant aime, parce que ça les renvoie à leur propre désir, pas si propre que cela.

Le chaos général reprend de plus belle, entre le vaisseau amiral détruit pas la flotte adverse et la perte de sa beauté pour Hauru. L’inversion de fioles de sortilège lors du ménage a provoqué le changement de couleur de cheveu du jeune homme. « ah quoi bon de vivre lorsque l’on a perdu sa beauté »

Malgré les paroles réconfortante de Sophie, Hauru s’enfonce dans ses sombres tréfonds. Il invoque les esprits des ténèbres, tout comme la fois une fille l’avait quitter. Vous voyez le lien ? Un peu comme en vie de veille lorsque je me trouve pas assez fine, pas assez belle, les mots réconfortants des autres ne me touchent pas. Ces mots ne me touche pas parce que mon drame est d’avoir perdu quelque chose. Ça, personne de l’extérieur ne peut m’en consoler, parce qu’à vouloir me consoler ils me font perdre encore une chose : la maîtrise de mon propre chemin : celui de voir que le mot n’est pas la chose, et que ce n’est pas parce que je pense que j’ai perdu mon zizi que je l’ai réellement perdu, et que donc je ne suis pas un être imparfait qui aurai perdu quelque chose. C’est le fait de faire le chemin moi même qui me permet de me récupérer en tant que Sujet, suite à mon sentiment d’avoir subit ma castration.

Pour Sophie s’en est trop elle part en criant qu’elle elle n’a jamais été belle mais qu’elle n’en fait pas une maladie. Et pourtant elle pleure à chaude larme sous la pluie. Quoiqu’on en dise, quoique la société veulent bien en dire, je pense que la beauté est centrale dans la psyché de l’être humain. Elle est centrale parce qu’elle attire l’œil et qu’à se titre, elle est un joli rempart contre la castration. Elle permet de détourner l’attention de cette horreur qui habite chaque sujet humain. C’est ce brave Navet, qu’elle considère comme pas très beau qui vient la mettre à l’abri sous un parapluie

Représentations Œdipiennes

Le désir interdit

Hauru installé dans sont lit demande à Sophie de rester près de lui. Sa chambre pleine de brique et de broc me fait penser à des appartements de personnes dites psychotiques.

Un amoncellement d’objet clinquant pour se protéger. Se protéger de quoi ? je fais l’hypothèse pour eux en projetant de moi: de se protéger de la perte de quelques choses. Tout comme pour moi petite, mon doudou faisait office de bric et de broc magique pour me garantir que je n’allais pas perdre un bras pendant la nuit. Hauru dit avoir très peur de la Sorcière des Landes et que malgré ses sortilèges pour s’en protéger il se sent froussard. Hauru explique à Sophie qu’un temps il fut très attiré par la Sorcière des Landes mais qu’en l’approchant il a eu très peur. Pas besoin d’être grand clerc pour voir que la sorcière des Landes est une représentation de sa mère, d’où la terreur qu’il a ressenti. Il s’agit ici d’une modalité d’expression de l’Œdipe. Pris entre l’ensemble de ses noms, son serment à l’entrée de l’école des sorciers, la sorcière des Landes, Madame Sulimane, il ne sait plus comment faire, se sent comme figé.

Alors, pour sortir de son impasse, Hauru demande à Sophie de se faire passer pour sa mère et d’aller voir le roi à sa place. Il espère que si elle arrive à faire croire au roi que Hauru est un bon à rien, les gens pourrait peut être l’oublier. Ce passage me fait penser à moi, encore. Bien que très marqué chez moi petite, il en reste encore quelque trace aujourd’hui. Lorsque j’avais fait une action que je pensais être une bêtise, autrement dit une action qui aurait pu contrarier le regard de ma mère, mon père, puis les autres personnes que je croisais, je tentais d’oublier ce que j’avais fait pour mieux me faire oublier auprès d’eux. Cette action était souvent lié à un de mes désirs : prendre de l’argent pour m’acheter une barbie, ne pas faire le ménage pour regarder le club Dorothée. Comme si mon désire était une chose de fait condamnable. Avec l’analyse je peux dire que ce mécanisme de vie de veille se mettait au service de mon refoulement de mon duo fondateur : œdipe/castration. Dans son film d’animation, le réalisateur fait le subtile échange entre la vrai mère de Hauru et Sophie, comme un glissement d’une femme interdite vers une autre qui est autorisée. Le passage de l’anneau au doigt de Sophie évoque pour moi leur première relation charnelle.

La sanction

Sophie retrouve la Sorcière des Landes elle aussi convoqué au palais du roi. Elle gravisse les deux l’incroyable escalier qui monte jusque vers le souverain, chacune à égalité. La sorcière du roi, Madame Sulivanne, son bras droit met les deux femmes a égalité dans l’épreuve à surmonter : la montée des marches. Encore une expression de l’œdipe, mais ici sous le coup de la sanction. La sorcière des Landes, accusé d’avoir pactisé avec un démon, à comprendre tomber amoureuse de Hauru se trouve privé de ses pouvoir et des quelques années de jeunesse qu’il avait gardé grâce à la magie.

S’en suis une nouvelle couche de mise en scène œdipienne, la magicienne du roi raconte comment Hauru, celui en qui elle avait tout misé, celui a qui elle a tout appris lui a fait faux bon et s’est affranchi d’elle. Je reconnais ici le discours de bien des mères qui explique comment leur cher enfant leur a échappé. Cet enfant tout rose, sans tache, parfait et sans désir douteux qu’elle désire conserver auprès d’elle. La fonction de censure du désir pour garder un royaume propre et en ordre.

Sophie encré dans l’amour qu’elle porte pour Hauru se mets à le défendre et expliquer qu’elle le trouve droit et qu’il a juste envie de vivre libre. Moi aussi j’ai aspiré et j’aspire comme Hauru a vivre libre et en dehors du joug d’un parent qui viendrai m’infliger des limites parce qu’il parait qu’un enfant à besoin de limite pour grandir. Non ce n’est pas juste de faire croire à un enfant qu’il est nécessaire de souffrir (métaphore de l’escalier) pour pouvoir accéder à l’affection de l’un de ses parents. Le sortilège de la Sorcière des Landes semble ne pas résister au désir de Sophie, la voici qui retrouve un bref instant ses traits de jeunesse.


Hauru sous les traits du roi viendra interrompre leurs échanges.

Le scénario nous offre des images savoureuses de comment une mère tente de retenir son enfant, ou du moins comment l’enfant peut se faire une représentation du désir de sa mère à son égard,

  • du trou ou elle pourrait l’y faire tomber comme un phallus déchu

  • au tsunami d’amour que j’ai parfois entendu dans la bouche de certains analysants

  • jusqu’au vide.

Il se trouve que s’est la présence de Sophie au château qui lui a permis de trouver le courage d’affronter la terrible Sulimanne. C’est le désir pour Sophie qui lui a permis de s’affranchir du désir de la magicienne, métaphoriquement je retrouve ici le désir de la mère pour le fils.

Pourtant les transformations de Hauru sont de plus en plus difficile à supporter. Il se réfugie dans ce qui ressemble à une caverne, un nid ou bien encore au ventre d’une mère.


Il reste dans le désir pour elle tout en s’en affranchissant dans la vie de veille. Dans le film à deux reprise, le réalisateur embrouille les pistes, s’agit-il de la réalité ou d’un rêve de Sophie ? L’enjeu de l’analyse est bien à cet endroit, de pouvoir définir les limites entre le mot et la chose, entre la vie de veille et l’inconscient. Dans le film d’animation, Sophie cherche à sauver son dulcinée de sa malédiction : le risque de perdre son phallus. Il lui répondra qu’elle ne peut rien faire ni pour lui ni contre son propre sortilège : sa beauté, sa jeunesse perdue, son zizi envolé quoi. J’y reconnais une étape dans mon analyse, celle où j’ai pris conscience que quoiqu’il arrive rien ne se gomme dans mon inconscient, tout reste, moulé sur le sceau de mon duo originel : œdipe/castration.

Christine Dornier | Psychanalyste

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