Histoire de chiotte
Don't panic

Reste de rêve brute

Je sors de ma bouche des morceaux de béton long de vingt centimètres, large de un centimètre et de forme carré. Ils sont de couleur gris noir. La sensation est étrange, d’un côté je sens une gène à extraire ces objets de mon corps. D’un autre côté je suis heureuse de les récolter dans les sacs en tissus que je viens d’acheter à la boutique de vrac de ma rue. Une fois l’opération terminée, je soupèse le sac. Je me dis qu’avec ça j’ai du perdre deux kilogrammes, je suis heureuse.

L’analyse

Perdre chaque jour un bout de moi

Les morceaux de béton, par leur forme me font penser à des zizis. La couleur pourrait être un élément qui m’interroge, en effet née dans le Haut-Doubs j’y ai surtout vu des zizis de couleur blanche. Pourtant cette couleur me fait de suite associer à la couleur de mon caca. Cette couleur noire associée à cette forme de bâton raide ressemble à la forme que mes étrons prennent parfois.

Petite, je me souviens la peur panique qui pouvait me prendre lorsque je tirais la chasse: ce caca long de vingt centimètres dressé sur la parois du toilette va-t-il partir dans le trou? ou va-t-il resté bloqué? l’eau ne pouvant s’évacuer en cas de blocage ne va elle pas provoquer une inondation? L’angoisse me tenait le temps de la montée du niveau d’eau dans la cuvette et redescendait lorsque je le voyais redescendre. En observant les gens que j’ai croisé dans le cadre de mon métier j’ai aussi vu certains comme bloqué au dessus du trône, mirant le caca et ne pouvant tirer la chasse, d’autres peindre les murs avec ce même caca et encore d’autre avoir la sensation qu’il remontait par la bouche, craignant une occlusion.

J’en reviens à ce trou du toilette blanc de mon enfance, métaphore de mon trou et le caca/zizi dans l’entre deux de mes désirs:

  • à la fois désir de le garder: parce que j’ai l’idée de l’avoir perdu
  • à la fois désir de ne pas le garder: parce que risque de le perdre.

Des idées sous forme de chat de Schrödinger

Ces idées contradictoires séjournent toutes les deux dans mon inconscient. Alors parfois ça bataille dur entre elles, ça tue, ça déchire, ça détruit la représentation qui dérange. Et parfois ça me fige comme dans un marais. Dans les rêves, là ou je volais légère comme une plume, mes pieds deviennent lourd comme de la pierre et je me retrouve figée: sans pouvoir avancer ni reculer. Certains de mes analysants témoignent de comment dans leur vie, parfois ils se sont pour de vrai retrouvé comme bloqué, figé dans leur chez eux ou sur le canapé.

Aujourd’hui je peux dire que cette angoisse était étroitement intriqué à mon angoisse de castration. Or l’angoisse de castration elle peut effectuer une ballade corporelle incroyable: du blocage des fonctions digestives (constipations) à une envie irrépressible de manger et une multitude d’autres modalités d’expressions éminement subjective.

L’angoisse de castration

J’associe donc zizi et caca comme des bouts de moi tombant de mon corps. L’angoisse ressentie lors de la chasse d’eau est directement en lien avec mon angoisse de voir partir mon petit oiseau/ mon zizi. Dit encore autrement mon angoisse nait de ne pas voir de représentation là où je m’attendais à en voir une: je m’attendais petite à voir un zizi entre les cuisses de l’ensemble de l’humanité. Or je ne l’ai pas trouvé chez la moitié d’entre eux: dont moi, peut être perdu dans un trou, celui de ma mère ou encore celui des toilettes.
A la place de la représentation que j’attendais il n’y avait rien, un trou, un vide.
Aujourd’hui, je précise que dans le champ de la réalité de vie de veille,il s’agit d’une question de présence / absence de la représentation et non d’une question devenant morale d’avoir plus ou moins de quelque chose. Et pourtant dans le champ de mon inconscient il y a quelque chose de la valeur qui vient s’y coller.

Lorsque j’observe les enfants quand ils perdent à un jeu, suivant les âges je me représente leur comportement comme signe d’une profonde détresse: surement une projection de ma propre détresse lorsque j’ai pu perdre à des jeux. Petite je me figurais que perdre était une perte d’un bout de moi. Lorsque j’ai compris que ce n’était qu’un jeu, la douleur s’est adoucit. La douleur venait de la confusion entre mon imaginaire d’avoir perdue mon zizi et la réalité qui m’avait fait perdre à un jeu.
Ma mère m’a raconté qu’un jour elle me lisait Boucles d’Or. Elle lit la phrase suivante “Elle avait de jolie cheveux bouclés” et ajoute “comme toi”. Là elle m’a vu terrorisée et me cacher sous une couverture. Elle a fini par comprendre que pour moi, boucler, c’était fermer une porte à clé et je ne voulais pas être enfermée à clé.
Ici ce qui m’intéresse s’est la similitude de structure dans le confusion entre mon imaginaire et la réalité de l’histoire qu’elle me raconte. La terreur étant liée à la perte de maitrise. C’est de l’idée de subir soit une coupe, soit un bouclage contre mon gré, que nait mon angoisse.

Comment me récupérer en tant que Sujet?

Lorsque je me retire ces deux kilogrammes de béton du corps, j’ai:

  • à la fois la sensation désagréable de la perte
  • à la fois la sensation agréable de gagner deux kilogrammes qui sorte de moi.

Il me faut vous préciser ici que depuis septembre, j’ai commencé un programme pour perdre du poids. J’ai perdu un peu plus de 2 kilogrammes. Mon rêve vient emprunter le chiffre à ma vie de veille pour soupeser la masse perdue. De là à associer la perte de mes kilogrammes à ma perte imaginaire de zizi, il n’y a qu’un pas: que je franchit. Quitte à récupérer un trou, ici au moins c’est moi qui maitrise la perte.

De la perte à l’apparition du trou

La représentation que je me fais de moi est délimité par un trou/ un vide entre moi et les autres représentations de mon monde. Le bord de ce trou c’est la surface de ma peau.

J’ajoute que la surface de ma peau est garnit de trous, dans ma représentation:

  • 9 pour l’homme
  • 10 pour la femme: mon trou vaginal étant vu par mon inconscient comme né de la coupe de mon zizi. Dans mes compte ça fait donc un trou de plus.

Je parle ici de représentations tirées de mon inconscient hein, pas d’une réalité qui en plus se voudrait universelle. D’ailleurs si je pousse le conscient, ce qui me vient c’est que le canal transportant les spermatozoïdes de l’homme de ses glandes séminales à dehors pourrait être vu comme trou. Ben non, dans mon inconscient, la première association libre vient voir comme trou ce qui reste après l’envole de mon petit oiseau.

La bouche et l’anus sont deux trous délimitant ma boyauterie interne. Un trou d’entrée des aliments, un trou de sortie de la matière fécale. L’inversement de sens de mon rêve avec les cacas qui sortent de ma bouche me font associer à deux choses:

  • une modalité de censure qui tend à cacher la perte de mon zizi/ phallus à l’endroit de mon entre jambe
  • une métaphore des choses, des mots merdiques que je sors de ma bouche dans le cadre de ma psychanalyse.

Ma représentation de moi au bord du trou et munie de trous.

Outre les trous à la surface de ma peau qui me permettent d’être en lien avec le monde extérieur, je possède un trou/ un vide à l’intérieur: délimité par les parois de mon système digestif avec deux ouvertures la bouche et l’anus. Je dis que ces trous sont vitaux parce que c’est grâce à eux que dans la réalité je respire, je mange, je bois, j’élimine les éléments ingéré dont le corps n’a plus besoin. Lorsque ces trous sont abimés ou que leur fonction est empêché le risque pour la vie est grand. J’ai croisé des gens qui parce que le trou était tellement horrible à vivre qu’ils les remplissaient avec des objets, des morceaux de tissus… tout ce qui peut boucher. La conséquence physique a pu parfois être dramatique: asphyxie, pourrissement de matière dans les oreilles ou bien encore dans un vagin. Ses gens là ont vu leurs troubles diminuer à force de parole et d'écoute de ce qu'ils avaient à dire.

A l’extérieur de moi, le bord de ma représentation est délimité par la surface de ma peau. Au delà de ma peau se trouve là encore un trou/ un vide entre ma représentation de moi et ma représentation des autres.

Le trou est:

  • nécessaire à la vie: dans le champs de la réalité
  • point d’encrage de l’angoisse: dans le champs de l’imaginaire
  • nécessaire/ corollaire de la création d’une représentation

Avec le trou la représentation se détache du Réel

Ce qui me marque, ce qui me troue, ce qui me reste en mémoire sont des images/ des représentations de mon passé qui parce que j’ai été touchée dans mes sentiments, se détachent d’un ensemble plus compact dont je ne me souviens pas.

Dans le je ne me souviens pas, me vient deux choses:

  • le souvenir n’existe pas, il n’y a pas de représentation au sens ou la masse de mes perceptions de l’époque n’est pas passé sous la lame du symbolique. La masse perceptive n’a pas été découpée pour former une image. Je n’ai pas ressenti de sentiment qui a fait émerger une représentation de la masse compacte de mes perceptions.
  • le souvenir n’est plus accessible, l’image/ la représentation est cachée dans les tréfonds de mon inconscient parce que vu comme désagréable. Oui j’ai tendence à oublier les choses qui m’ont procurée du déplaisir, voir de l’horreur: j’ai plus envie de le voir chez moi: c’est l’effet de censure/ de refoulement/ de déni

Dans les deux cas, c’est mes sentiments qui expliquent:

  • la découpe dans la masse de mes perceptions: c’est parce que j’éprouve un sentiment que je détache une image d’une passe compact de perception
  • l’accessibilité / la non accessibilité d’un souvenir, d’une image, d’une représentation: c’est parce que j’éprouve un sentiment que l’image / la représentation est accessible à mon conscient ou pas.

Ces deux mécanismes bien que sensiblement identiques sont pourtant bien différent.

  • Pour le premier il s’agit du constat de la non production d’une image/ d’une représentation. Il n’y a pas de différence dans la masse des perceptions.

  • Pour le second il s’agit d’une conséquence de l’absence d’une représentation qu’il devrait y avoir. La représentation n’est plus accessible parce que vu comme terrible: un zizi plus là ou qui pourrait ne plus être là la castration


Conclusion.

Le caca/ le zizi est vu par mon inconscient comme un bout de moi, un membre qui m’est coupé.

A la fois cette coupure:

  • est nécessaire pour fabriquer de la représentation: donc nécessaire à ma naissance en tant Sujet
  • est terrible et refoulée parce que horrible d’imaginer qu’un zizi puisse ne pas être là/ coupé/ envolé…

Alors le fait de remplir les deux sacs me fait penser au remplissage de deux couilles que je m’attribue comme objet de plaisir lorsque je les soupèse. Un truc du genre j’en ai des grosses quoi… quand même. Oui à priori ça insiste et ça me permet de le vivre en rêve, parce que dans la réalité je suis une femme et très heureuse de l’être.

Christine Dornier | Psychanalyste | Besançon


La Plateforme
Film de  De Galder Gaztelu-Urrutia