Tout en Os
Brève d'enfants

Dans ses pensées, elle mange ses céréales. Soudain elle me demande “maman, ton papa il doit être tout en os maintenant non?”
Oui bientôt un an que j’ai perdu mon père. Heu non j’l’ai pas perdu, il est mort.
Sacrée ma fille, elle aussi à une vie intérieure bien à elle. Elle, s’est son grand père qui est mort l’année dernière.

L’année dernière, la vie justement à fait que j’étais présente au dernier souffle de mon père. A chaque fois lorsque je suis allée le voir j’ai informé mes enfants que j’y allais. Parfois ils sont venus, parfois non. Ce jour là, les deux ont souhaité venir.
Lorsque l’infirmière nous a fait appeler avec ma mère, nous étions dans le jardin à relever les patates. Je suis monté tranquille. Puis elle nous a dit qu’elle pensait que les derniers moments étaient venus, je me suis approché du lit. J’ai eu la pensée d’aller demander aux enfants qui étaient dans la pièce d’a côté s’ils voulaient venir: j’ai pas eu le temps. La plus petite est venue dans mes bras en position koala sur une hanche, le plus grand sous le deuxième bras. Et là j’ai vu le dernier souffle de mon père, j’ai pleuré, les enfants ont pleurés, on a pleuré. Puis nous nous sommes fait un câlin.
Pour les détails de la suite je ne me rappelle pas avec précision. Je me rappelle les infos techniques, les appels au médecins, au service des pompes funèbres… Les jeux avec les enfants ont repris doucement, jeux de petits chevaux, du moulin… Ce qui me vient c’est que les vivants étaient vivant est vivaient chacun à sa manière la mort de mon père.
Je me suis aussi posé la question: est ce que j’ai pas merdé, j’aurai peut être pas du laissé les enfants voir le dernier souffle de mon père? Puis me vient que je les ai informés et laissés libre de leurs choix. D’ailleurs leur choix à bougé tout du long, parfois oui et parfois non. Je pense que ce doute vient de ma propre peur de voir quelqu’un mourir et de les considère comme des petits bouts de moi.

Je fais l’hypothèse que mes enfants feront comme tous les enfants, ils vendront critiquer/ couper les fils qui nous relient: pour être eux même sujets à part entière.
Du coup ça fritte, ça frictionne… Peut être ils parleront de mes manques. Mais aujourd’hui je sais que c’est pas parce qu’ils auront cette représentation de moi que c’est moi pour de vrai: c’est juste des représentations et en plus c’est les leurs. C’est con hein mais ça m’apaise grave

Christine Dornier | Psychanalyste | Besançon

Développement personnel, bien-être: et moi j’en pense quoi?