Développement personnel, bien-être: et moi j’en pense quoi?

Article né à la suite de multiples lectures sur la thématique du bien être et du développement personnel.

Des méthodes à appliquer pour trouver le bonheur, pour développer son potentiel ou des injonctions au bonheur?

Il y a peu j’ai lu sur le grand réseau bleu
Trois secrets du bonheur :
1- Ne t’attache plus à n’importe quelle personne
2- N’espère pas trop pour ne pas être déçu à la fin
3- Fait le bien mais n’attend rien en retour.

Argh, ça me parle pas les injonctions. Nan, en fait ça me parle et ça me hérisse le poil: un truc du genre j’ai déjà assez avec mon gendarme intérieur qui me dit de faire ci ou faire ça.
Comme si une recette magique pouvait savoir ce qui est bon pour moi…

Ici je repère deux mouvement interne chez moi:

  • Une part de moi aimerait que ça soit vrai: retour au bonheur d’être le petit bout de ma mère qui sait pour moi.
  • Mais ce n’est que de l’imaginaire ce n’est pas la réalité du Sujet à part entière que je suis. Cette autre part de moi souhaite être Sujet à part entière: donc plus le petit bout de ma mère.

Détruire la représentation qui me dérange.

Dans le développement personnel, la promotion de ce beau au détriment du laid se fait sous la forme d’injonction à supprimer ce qui n’est pas agréable: pour être heureux fais ceci, ou fais cela…
Et bien ça ça ressemble bigrement à ce que je trouve dans mon inconscient (champ de mon imaginaire).

Des représentations dans mes rêves viennent en détruire des autres : des agents Smith (référence Matrix), des terminators, des vagues déferlantes viennent dégommer/couper/tuer d’autres représentations dérangeantes.

L’analyse m’a permis de déterminer plusieurs fonction à ces destructions, à ces abandons de représentation dans mes rêves

  • casser une représentation parce que désagréable
  • casser une représentation pour la remplacer par une autre plus acceptable

La casse, la destruction d’une représentation peut être au service:

  • de la censure: pas de ça chez moi - déni - refoulement - projection (surmoi)
  • de l’idée de réalisation du désir interdit (ça)

L’idée de destruction d’une représentation est toute proche de l’idée de disparition/ absence d’une représentation. J’y associe de suite la disparition de la représentation du zizi que petite fille je m’attendais à trouver entre les cuisses de tous les êtres humains. ici prend corps, dans mon imaginaire, le passage de l’idée d’un désir interdit (qui dépasse) à l’idée d’une coupure comme sanction: deux idées terribles à refouler immédiatement.

Bien que topologiquement pas tout à fait au même endroit, ces mécanismes me font penser l’un à l’autre par leur similitude liée à la coupure / destruction de la représentation.

La limite entre champ de l’imaginaire et champ de la réalité est parfois poreux chez moi. L’expression de cette porosité est lié à ces moments où je confonds l’imaginaire et la réalité

Différence entre le mot et la chose / l’imaginaire et la réalité

C’est pas parce que mon chum est un homme et que dans mon imaginaire j’ai le désir de lui faire payer le fait d’avoir un zizi et pas moi, que je suis obligé pour de vrai de la lui couper. Entendons nous bien, la loi interdit la mutilation d’autrui hein et j’en suis heureuse.
Je parle de lui couper quelque chose en déplacement de mon désir imaginaire de le faire payer pour un truc qu’il a, et que je n’ai pas.

Exemple de passage à l’acte dans ma vie quotidienne (champs de la réalité):

  • quand nous sommes dans une discussion avec d’autres j’ai le sentiment qu’il tient toujours le crachoir : trop. Alors je reprends la parole avant qu’il ai signifié la fin de son discours.
  • Autre exemple le virement d’argent sur le compte commun : je lui demande toujours avant qu’il ne l’ai réalisé.

Dans les faits, la réalité m’a montrée à plusieurs reprises qu’il signifie quand il a fini de parler et il a toujours honoré le virement mensuel sur le compte commun: pourtant je ressens comme un pique au ventre quand l’idée me vient.

Ici deux mouvements sont mis en jeu:

  • le premier le fait que j’ai l’idée de perdre la parole/ des sous: champs de l’imaginaire
  • le fait que je lui prend la parole / des sous/ la décision de mettre les sous sur le compte: champs de la réalité

Il s’agit d’un passage à l’acte dans le sens où ici, c’est parce qu’il y a confusion entre mon imaginaire et la réalité que j’adopte ces comportements vis à vis de mon chum.

Malgré l’effet secondaire de mon analyse qui atténue ces moments de confusion entre champs de la réalité et champ de l’imaginaire : ça disparaît pas complétement. Oui la psychanalyse ça gomme rien, ça enlève pas ce côté laid de qui je suis.
L’effet de ma psychanalyse tient au repérage de ces mécanismes, ce qui me permet de sortir de la confusion, de mettre un vide / un trou entre la réalité et l’imaginaire ce qui me procure de l’apaisement.

De l’expression subjective d’un Sujet à des tentatives de mise en place d’une organisation sociétale

Au delà des films dystopiques tel que “bienvenue à Gattaca” , il y a eu dans l’histoire des tentatives de créer des sociétés vu comme heureuses, belles: des sociétés à idéal. Dans les connaissances qui sont les miennes aujourd’hui ces tentatives ont toujours fait des dégâts humains et des dégâts sur le vivant terribles : les nazis, Pol Pot… Sous prétexte de faire une société propre et nette: les plus grandes exactions sont commises. Parce que l’autre que je côtoie je l’ai collé à une représentation qui m’est insupportable: je le détruis, je le tue pour ne plus le voir ou pour mettre d’autres représentations plus acceptables à la place.
Pour moi il s’agit ici d’une confusion à grande échelle entre imaginaire et réalité.
Le développement personnel, dans une expression de passage à l’acte plus atténué que l’exemple cité plus haut, vient parler de cette même confusion entre imaginaire et réalité.

Alors ce truc où il faudrait pour se réaliser:

  • être ceci ou cela
  • laisser tomber tel ou tel chose pour se libérer

Je dis non j’ai pas à lâcher quoi que ce soit, y compris l'objet petit a. Dans l’énoncé des lignes que je suis en train d’écrire, il s’agit juste d’une représentation de ce que je pense. Cela ne vaut pas leçon de moral ni théorie universelle. Mon discours est à mon sens ni mieux ni moins bien qu’un autre, et le champ depuis lequel je parle ni mieux ni moins bien qu’une autre discipline, juste c’est le mien. De plus mon travail de recherche, au court du temps m’amènera peut être à réviser/revisiter ce que je dis aujourd’hui. Si je trouve dans la confrontation de la théorie à ma pratique des écueils, des points qui ne correspondent pas/plus à ce que j’ai trouvé précédemment comme éléments de structure de la psyché, je vais les analyser et réajuster mes éléments de compréhension.
Je dis que je n'ai rien à lâcher parce que je souffre déjà bien assez de cette idée d’avoir perdu mon zizi, je vais pas encore en plus faire la bonne fille à perdre volontairement quelque chose. Pis pour de vrai j’ai rien perdu, je suis pas affreuse parce que je porte des idées dégelasses: mon imaginaire n’est pas la réalité.

Je suis qui je suis faite de mon imaginaire, de ma construction de la réalité, de mon histoire, de mes peines, de mes joies, de ma mémoire…

Une dernière association me vient. Mes poiles qui se hérissent si fort à entendre les recettes du développement personnel ça parle aussi de comment ça me rappelle la représentation de ma mère.

A la fois:

  • je lui suis reconnaissante des recettes qu’elle m’a fait suivre petite, j’ai aimé.
  • j’éprouve un sentiment de répulsion très fort vis à vis d’elle: histoire de me sauver en tant que Sujet à part entière. Ne plus être un bout d’elle pour être moi.

Écouter l’autre en repérant ce qui me touche

Le travail d’analyse dont je témoigne ci dessus me permet de repérer plus rapidement ce que ça me fait lorsque j’écoute un analysant. Ainsi j’écoute un peu plus l’autre pour ce qu’il me dit.
Ma psychanalyse me permet chaque jour de mieux me connaître et ainsi gagner en apaisement dans mon quotidien. C’est en comprenant le langage de mes rêves, voix/voie royale vers mon inconscient que je me suis trouvée moi même, à travers des morceaux de mon histoire et souvenirs refoulés souvent en lien avec mon origine. C’est ma pratique de lecture de mes propres rêves et leur compréhension qui me permet d’aider les autres à entendre les leurs.
Je rejoins l’idée exprimée par Freud: “ce qui différencie la psychanalyse de tout autre moyen d’interprétation des rêves, c’est qu’on confie l’interprétation au rêveur lui-même” Autrement dit, je laisse le Sujet parler en association libre de ce qui lui vient, afin qu’il puisse remonter dans sa mémoire cachée et qu’il trouve ses propres interprétations de ses rêves, lapsus, oubli et acte manqué.
Mon positionnement d’analyste sous tend que je pose la bonne question au bon moment afin de soutenir l’analysant dans sa recherche sur lui même, sans le précéder. Lorsqu’un analysant me demande d’interpréter un rêve je lui réponds que c’est lui qui a vécu sa vie et que moi j’ai vécu la mienne, que lui seul à les éléments nécessaires à la compréhension de son inconscient.
Mon positionnement est aux antipodes de la représentation que je me fais du développement personnel, qui lui vient coacher, devancer le Sujet dans la résolution de ses problèmes.

Une fois analysé ce que me fait la question du développement personnel pour moi, un apaisement se crée: personne ne me force à entrer dans le développement personnel.
En conclusion, lorsque j’écoute une personne qui me parle de son expérience dans le développement personnel, je sais faire la différence entre mon imaginaire et ce qu’il me dit. Je le questionne sur ce qu’il vit parce que ce qui m’intéresse au fond quand je l’écoute c’est lui en tant que Sujet, sa vie, son histoire.

Bonus tout en humour

La meilleure version de moi même, par Blanche Gardin

Christine Dornier | Psychanalyste | Besançon

Clap de fin 15 février 2022
Témoignage de Richard Abibon