D'une moule à une autre: narcissisme onirique
L'image de mon corps mit en scène par le rêve

Le rêve

Je suis en trajet / en voyage avec Nico. Nous traversons la rue Nicolas Bruand et de la fenêtre de l’hôtel je vois quelques stars.
Nico a rencontré une star qu’il connaît il s’engouffre dans l’ hôtel avec. Nous voilà dans une suite parentale avec deux chambres supplémentaires. La femme fait le linge.
Ils ont un système de séchage incroyable, du papier couvre le fond de chaque placard : du papier métal.
Chaque enfant, les deux, possède une alexa / assistant de maison à sa disposition.
L intérieur ressemble à un joli petit chalet.
Je descends et trouve comme un salon de sport, je suis à la recherche du grand fils de Nicolas: il est fort occupé.
J’ai la sensation d’être à ma place et d’être vraiment heureuse de pouvoir entrer dans ce monde sans me poser de question.

L’analyse

Le trajet / le voyage est une métaphore de la vie, de ma vie où je chemine dans la réalité avec Nicolas: l’Homme qui partage ma couche.
La semaine où j’ai rêvé ce scénario, nous étions pour trois soirs sans enfants: les deux grands chez leur autre parent respectif et la plus jeune chez sa grand-mère. Afin de profiter de ce moment de liberté j’ai soufflé l’idée que nous pourrions aller au restaurant, manger des moules. Il se trouve que les meilleurs moules de Besançon sont celles d’un restaurant situé rue Nicolas Bruand d’où l’emprunt dans mon rêve. Dans la réalité de vie de veille nous n’avons pas pu profiter de ce lieu, fermé pour congés. Alors je me tape le luxe onirique de m’y rendre tout de même, avec un petit surplus: l’hôtel de stars.
La star avec laquelle s’engouffre Nicolas dans l’hôtel est un avatar de moi même. Question narcissisme le rêve ne lésine pas hein! Une star rien que ça.

L’idée de l’hôtel en amoureux laisse vite la place à d’autres représentations, celle des deux chambres supplémentaires: chambres de mes deux enfants. L’assistante de maison / alexa est encore un avatar de moi même en ce sens ou je leur parle à mes enfants. J’ai une part de moi qui se considère comme leur assistante à la maison.
La chose est pas toujours agréable pour moi, je le leur dit parfois “je ne suis pas à ton service hein” et pourtant une autre part de moi n’a de cesse de faire pour eux: Par exemple

  • de prendre le doudou qui encombre ma fille alors que je l’avais prévenu “si tu le prends tu le garde, c’est ma limite je veux pas être un porte bagage”,
  • ou encore de prendre le papier du gouter qu’elle pourrait largement mettre toute seule dans la poubelle à 10 mètres de nous.

Ces deux idées bien que contradictoires cohabitent dans mon inconscient. A la fois je les veux collé et à la fois décollé de moi.

Le décors de l’hôtel se meut en jolie chalet de montagne, tout comme mon chez moi dans la réalité de vie de veille. Depuis près de trois ans nous le transformons, en utilisant de la palette et tout autre matériel de récupération. Aujourd’hui il ressemble en partie à un chalet de montagne. L’hôtel est donc une représentation de mon chez moi.

Un chez moi c’est le lieu où je vis. Dis autrement la représentation de cet hôtel, représentation de mon appartement est aussi une métaphore de mon corps. Mon corps est le lieu d’habitation de ma psyché. L’Homme qui partage ma couche le pénètre, ainsi que les deux enfants que j’ai porté. Le fils à Nicolas est relégué en dehors de la maison, en dehors de mon ventre: il est dehors dans la salle de sport. Dans la réalité de vie de veille il étudie justement les sports.

L’association qui me fait lier l’hôtel à une métaphore de mon corps, me permet de poursuivre mes associations sur un autre épisode de ce rêve qui restait abscons: les placards recouverts sur leur fond de papier de métal.

Mon rêve tire cette image de ma vie de tous les jours: chacun des radiateurs de mon lieu de vie et muni d’un réflecteur

Le réflecteur est une surface munie de papier couleur métal (aluminium ou couverture de survie côté argenté) qui permet à la chaleur d’être renvoyé dans la salle plutôt que pénétrer dans le mur de fixation du radiateur. Dans mon rêve c’est un creux qui est recouvert, un creux dans le creux qu’est déjà mon ventre: le placard est une représentation de mon ventre au sein même d’une autre représentation de mon ventre.

Il se trouve que quelques jours avant ce rêve, j’ai subit une intervention chirurgicale. Pendant près de 10 jours de grands pansements ont recouvert mon ventre. Au final ces pansements étaient bien plus grand que ce dont j’avais besoin: tout comme le matériel métallique qui recouvre le placard de mon rêve. La métaphore va jusqu’à éviter la pénétration, dans la réalité de vie de veille il ne s’agit pas de chaleur, mais de microbes de toutes sortes qui pourraient entrer part la faille de mes cicatrices: les pansements sont vus comme une couche de protection: une limite entre dedans et dehors qui bouche les trous éventuels.

L’opération a eu lieu en coelioscopie. Le médecin m’a gonflé le ventre en insufflant du gaz par quelques petits trous et à l’aide d’une caméra il est allé faire le tour du propriétaire pour voir si tout était bien rangé et propre, à entendre il est aller vérifier que rien de sale n’était à enlever, genre un cancer. Dans mon rêve la femme qui fait le linge fait ce que je viens d’attribuer au médecin. La femme étant également un un avatar de moi même, ici il y a à entendre que je m’attribue le fait d’avoir nettoyé mon ventre de tout risque. Oui quelque part j’ai donné mon accord pour la chirurgie, genre je maitrise, mais dans la réalité c’est pas si net. En réalité de vie de veille j’ai pu toucher du doigt ma détresse à me faire charcuter par un autre, à risquer de me voir annoncer un cancer sans rien pouvoir y faire. Le rêve me permet ici de me mettre en scène en train de tenir les rennes, une revanche sur ce que j’ai subi sans aucune maitrise le temps du diagnostics jusqu'à l’intervention.

Sans surprise, l’IRM l’avait joliment cartographié, le chirurgien a retiré un kyste de 8 cm (oui je vous vois venir: belle boule hein), l’ovaire qui avait explosé et la trompe bien malmenée par cette grosseur en surplus: 

En vie de veille je me suis dis à plusieurs reprise que mon inconscient allait surement se rappeler à moi en mode: “t’as un truc en moins ma belle…” “truc sanglant qui rappelle la castration” Alors quelle ne fu pas ma surprise de trouver ce rêve agréable, qui jusque dans l’analyse me fait me sentir bien dans mon corps. Bien sur la question de mon ovaire se traite ici, elle se traite dans une mise en scène agréable et heureuse. Je m’attendais à du terrible: ben pas là. Je ne doute pas que d’autres rêves viendrons mettre en scène du moins agréable évidement.
Je peux donc dire aujourd'hui que parfois le rêve vient par son côté agréable permettre au Sujet que je suis de trouver du réconfort là où la vie de veille est malmenant.

Christine Dornier | Psychanalyste | Besançon

Peur du noir, pénétration et sexuation