Besançon, ce 27 juin 2026
Mon ami,
Je t’écris ce soir parce que la chaleur, depuis mai, nous colle à la peau comme une seconde peau trop lourde. J’ai besoin de te dire que cette étouffante canicule me confirme ce que je pressens depuis longtemps : on est en train de vivre un basculement. Et ça, ça fait près de 10 ans que j’y travaille. Pour tenir cette angoisse à distance, j’ai commencé à cultiver des trottoirs, un jardin collectif sur les remparts de notre ville. Par conviction, par nécessité, parce que je sentais bien que quelque chose devait changer.
Et dans ce chaud, j’entends certains des élus nous dire que tout est trop compliqué, qu’il faudrait tout raser pour reconstruire, que le patrimoine de Besançon rend les choses impossibles. Eux, ils voient des obstacles. Moi, je vois des pistes. Parce que des solutions, il y en a.
J’ai fait un choix ces derniers jours. Ma fille, je ne l’ai pas mise à l’école les deux premiers jours de forte chaleur. Puis j’ai redemandé si je pouvais la garder les deux derniers. Son instit, avec délicatesse, m’a expliqué que les enfants devaient venir le matin, mais qu’on pouvait les reprendre l’après-midi. Je devine son souci d’équité. Mais au vu des températures, le deuxième jour, j’ai fait le choix de la garder au frais. J’ai bien conscience que j’ai cette chance que d’autres n’ont pas. Soit parce que leurs parents travaillent tous les deux, soit parce que leur logement est plus chaud que la salle de classe. Alors c’est là que la question me tord les entrailles : que pouvons-nous faire collectivement ?
Voilà ce que j’ai compris, mon ami, en observant, en lisant, en agissant à mon échelle :
La chaleur ne nous tombe pas dessus par hasard. Elle dépend de ce qu’on a sous les pieds, autour de nous, dans nos choix de société.
- Le béton et l’enrobé absorbent la chaleur et la restituent la nuit. Résultat : nos rues restent des fours. Un trottoir peut monter à 70 degrés en été. 70 degrés. Assez pour cuire un œuf.
- La pelouse tondue évapore l’eau et rafraîchit l’air. 5 à 10 degrés de moins que le béton.
- La pelouse haute, le sous-bois, c’est encore mieux. 12 à 15 degrés de moins. Et en plus, le relief créé par une végétation dense évite l’effet "sèche-cheveux" : en hydrologie régénérative, les herbes hautes et les sous-bois retiennent l’humidité dans le sol, créent des microclimats et limitent l’évaporation brutale qui assèche l’air et aggrave la chaleur ressentie.
C’est la différence entre un enfer et un endroit où on peut encore respirer.
Alors, que faire collectivement ?
- À l’école : Et si on végétalisait les cours ? Et si on installait des ombres temporaires ? Et si on adaptait les horaires en fonction de la chaleur, comme on le fait pour la neige ?
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Dans la rue :
Besançon a mis en place un permis de végétaliser à disposition des collectifs d’habitants. Et si on en profitait ?- Et si on remplaçait des places de parking inutilisées par des jardins éphémères ou des espaces verts partagés ?
- Et si on plantait des arbres devant les écoles, en s’appuyant sur ce permis pour créer des îlots de fraîcheur là où nos enfants en ont le plus besoin ?
- Et si on transformait les pieds d’immeubles en mini-forêts urbaines, avec l’accord de la ville et l’énergie des voisins ?
- Chez nous : Et si on arrêtait de tondre ras ? Et si on créait des îlots de fraîcheur dans les quartiers ?
Ce ne sont pas des solutions miracles. Mais ce sont des pistes concrètes. Des pistes qui ne coûtent pas cher. Des pistes qui marchent ailleurs. Et surtout, des pistes qu’on peut mettre en œuvre nous-mêmes, ici, maintenant.
Pour aller plus loin :
- Le rapport de l’ONERC 2023 explique tout ça en détail.
- Le permis de végétaliser de Besançon : une opportunité à saisir pour agir ensemble. En savoir plus sur le site de Grand Besançon
- Hydrologie régénérative :
Alors, et toi ? Entre l’idée et l’action, il y a souvent un vide. Un vide qu’on comble en se disant : "Je le ferai plus tard.", "Quelqu’un d’autre s’en occupera.", "De toute façon, à quoi ça servira ?" Mais aujourd’hui, avec cette chaleur qui nous étouffe, ce vide, on ne peut plus se le permettre. Et si on se demandait simplement : Qu’est-ce que moi, je peux faire ? Pas demain. Pas dans un an. Maintenant. Pas besoin d’attendre un collectif, une subvention, une permission. Juste un premier pas. Un geste. Une graine plantée. Un mètre carré de béton en moins. Un arbre de plus.
Je sens un vent se lever. Un vent qui porte enfin dans le sens de la vie. Certains élus commencent à prendre leur part de responsabilité, et je crois en cette énergie qui monte, portée par celles et ceux qui refusent de rester spectateurs.
J’attends ton retour, et je poursuivrai dans une prochaine missive un déroulé sur la question des bâtiments de la collectivité, des écoles… et de la connaissance physique de l’habitat.
Je te joins ces 4 photographies qui donne à voir du 21 juin 2026 pour la première, au 27 juin 2026 pour la dernière, à Besançon. Tu peux y voir la différence d'aspect visuel entre tonte rase et herbe haute.
Christine Jeudy | Psychanalyste | Besançon



