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Faire Tiers-lieu: un vivre ensemble intégratif

Finalement c'est du faire ensemble dont je parle ici


Préalable méthodologique

J’entamme mon intervention comme un préalabe méthodologique, je vais vous parler de la notion de représentation.
Si je vous dis de penser à la table de salon de vos grands parents, j’imagine que vous avez tous dans la tête l’image de la table de vos jeunes années.
Il se trouve que tous ici nous n’avons pas les mêmes grands parents: donc l’image / la représentation de la table n’est pas la même, et pourtant nous avons tous l’image d’un plateau muni de quatre pied.
A la fois:

  • ça dit que le mot table nous donne un espace de compréhension commune, comme une convention qui permet de nous mettre d’accord sur la dénomination de l’objet table.
  • et qu’à la fois il y a un effet du subjectif dans la représentation. La table des grand parents d’un autre n’est pas la même que celle de mes grands parents.

Les tables ne se ressemblent pas tout à fait mais nous pouvons nous comprendre sur l’image générale de la table: un plateau muni de quatre pieds. Dit autrement le mot table est une étiquette qui permet la dénomination d’un objet composé d’un plateau, de quatre pied et sur lequel nous pouvons manger.
Une telle convention se mets au service d’échanges entre être humain. Oui si certains appellent une table: “chaise” et les autres “table”, avouez que pour se comprendre ça va pas être simple: Bonjour les mals entendus.

Je vais utiliser des étiquettes/ des représentations/ des images dans la suite de mon intervention pour vous décrire ma pratique du Tiers-lieu et de sa gouverance. Par définition elles ne représentent pas une réalité universelle.

Elles sont:

  • à la fois issues de ma représentation subjective
  • et me permette de vous transmettre une partie de ce que je vis au sein du tiers lieu “le 97”.

L’histoire que je vais vous conter je la vois comme le code source de ce que je vis ici au Tiers-lieu. Il correspond à mon usage. Lorsque j’ai besoin je le modifie pour qu’il continue à m’être utile.
Vous pouvez le prendre, l’utiliser, le transmettre, le modifier pour qu’il conviennent à votre usage. Je vous demande seulement de me citer si vous utilisez tout ou partis de mes travaux. J’ai choisi de faire vivre mes idées et travaux en les mettant sous licence créative commun

Je rend ainsi mon travail libre. Lorsque l’on parle de gouvernance, on pense souvent à la gouvernance en équipe ou en organisation. Mais la gouvernance peut aller beaucoup plus loin. Et c’est ce que vous pouvez explorer à travers cette vidéo et ce tutoriel tiré du Mooc de L’UDN sur la gouvernance. Mon idée initiale est donnée librement, et le projet est conduit par l’idée, pas par une personnalité ou un groupe de personnalités. Le système de gouvernance est fondée sur l’action et non plus un système organisationnel de personnes.

Le tiers-lieu “le 97”

Le Tiers-lieu “le 97” est portée administrativement par la SCIC Myceliandre. La SCIC c’est 70 coopérateurs répartis sur toute la région bourgogne Franche-Comté": autant de lieux que de gens.

Pour faire tiers-lieu, il est d’abord question de gens.

Des personnes ont eu le désir de se retrouver autour d’une table avec 4 chaises et une cafetière.
A l’usage et aux files des rencontres, des temps sympas passés ensemble. Elles sont devenus une communauté: des compagnons de route qui par leurs actions font un projet social.
A Besançon, l’usage de nos lieux respectifs était limitant à l’émergence et à la réalisation de nos projets. Nous avons donc décidé de nous retrouver dans un lieu physique pour “être” et vivre des actions racontant notre projet social.
Le hasard, l’écriture de notre projet social et l’accueil réceptif de notre propriétaire actuel nous a permis de nous lancer dans l’aventure du “tiers lieu” physique.

Le projet social de cette communauté de gens, je m’y reconnais et le vois comme “un pas de côté” qui fait se rencontrer au “97” des gens qui habituellement ne se croisent pas ailleurs: des parents d’élèves, des écoles, des collectivités territoriales, des associations, des entrepreneurs, des commerçants du quartier, des cadres, des maraîchers, des gens dit précaires, des gens dit en souffrance psychique …

L’organisation structurée par l’idée

La méthode de communication indirecte entre chaque individue qui compose l’environnement auto-organisé qu’est “le 97” vient modifier l’environnement en lui même. J’aime aujourd’hui à appeler ces gens que je croise des oiseaux, en métaphore à la murmuration des étourneaux. Ici un individu pose une action en toute liberté, il informe 7 de ses congénères les plus proches de l’action et du pourquoi il la mène. Chaque oiseau informe ainsi de suite les autres individus proches d’eux.

Deux individus peuvent impulser en même temps une action, c’est ce qui donne la forme en fractale à l’ensemble. La forme globale est cohérente tout en laissant libre chaque individu le composant.

Au “97” nous pratiquons le “une action une trace”, de vive voix et/ou avec le soutien du numérique.
“Le projet est conduit par l’idée, pas par une personnalité ou un groupe de personnalités. Aucun individu n’a besoin de permission (modèle compétitif) ou de consensus (modèle coopératif) pour proposer une idée ou initier un projet.
Il n’y a pas besoin de discuter ou de voter une idée, si une idée est intéressante ou nécessaire, elle va susciter de l’intérêt. L’intérêt viendra de personnes activement impliquées dans le système et qui auront la volonté de fournir les efforts pour porter le projet plus loin.” Cet extrait d’un texte de Lilian Ricaud donne à mon sens une exellente représentation de ce qui se vit au “97”. J’y ajoute un poil de condiments: la notion d’usage.

Je vous donne à voir un exemple de comment un projet se mène par l’idée et l’usage:

Un des oiseaux ( moi) avait idée d’installer du broyat pour faire les chemins. La chose n’a pu se faire courant de cette première année au jardin: moi pas le temps, ma peur de conduire seule avec une remorque, trouver de la matière disponible, pas d’oiseaux venant soutenir l’idée que je leur avait transmise…
J’avais peur que la non délimitation d’un chemin conduise au saccage de parties herborées. Or chaque jardinier a emprunté un même chemin d’usage, un sentier s’est dessiné sous leurs pieds.
Résultat: point de saccage, point de réunion pour se mettre d’accord sur le tracé des chemins que nous allons recouvrir de broyat, des oiseaux reviennent avec l’envie de profiter du tracé pour y déposer le broyat, nous savons aujourd’hui où en trouver en quantité et le créneau de récupération est en train de se trouver.

Le mot qui se rapproche le plus de la description que je viens de vous faire d’une organisation guidée par l’idée et l’usage est l’étiquette “stigmergie”.
La stigmergie est une gouvernance alternative à mi-chemin entre les organisations fonctionnant sur un modèle de compétition celles fonctionnant sur un modèle de coopération. La stigmergie, un modèle avec « autorisation a priori »

Quand vivre une histoire commune conduit à créer de la valeur sur un territoire

Les gens qui fréquentent le Tiers Lieu “le 97” se sont rendus compte qu’ils avaient chacun des savoirs faire complémentaires, permettant de proposer dans un catalogue, l’usage de biens ou de services.

Ce catalogue se décline en marques différentes: just odoo it, evolu6, nascaya, psychanalyse libre et open source, Audrey Lutz, Triboo Voyage, réseau carte blanche, une ParenThèse famille, odooers… Voici le projet économique qui pointe le bout de son nez.

Ces gens sont pour la plus part devenu des coopérateurs de la SCIC Mycéliandre afin de faire Tiers-lieu au niveau régional de Mycéliandre. Plusieurs Tiers-Lieux composent la SCIC: la Cabane à Conseils à Vesoul, les Jardins des Potes-enCiel, la Pesse, et l’ensemble des lieux des coopérateurs. Ces lieux sont dans un dialogues permanent, chaque coopérateurs fonctionnant en stigmergie via des outil numériques asynchrones. Chez les coopérateurs, il y a les oiseaux résidents et les oiseaux migrateurs qui contribuent en conscience au commun qu’est la SCIC et l’ensemble des tiers-lieux.

“Le 97” fait parti du projet social de quartier, comme un tiers-lieu, qui de part sa particularité vient compléter l’animation du quartier Battant.

La fonction de conciergerie / de facilitation

Un processus complémentaire est indispensable dans un Tiers-lieu: celui de conciergerie. La conciergerie c’est l’huile dans les rouages pour soutenir l’accueil et d’animation d’un Tiers Lieux.
Chaque être humain possède une représentation particulière de son rapport aux autres:

  • le mode survie
  • le mode fusion
  • le mode puissance
  • le mode normatif
  • le mode rationnel individualiste
  • le mode pluraliste empathique
  • le mode intégratif (ex: la stigmergie)

A noter ici que je repère l’ensemble de ces modes de penser mon rapport aux autres chez moi. Je varie entre l’ensemble des ces représentations, en fonction du temps et de comment je me sens. Je fais l’hypothèse qu’il est de même pour chaque être qui passe la porte du “97”
Le concierge vient chouchouter chaque personne qui arrive dans les murs pour s’assurer de là où elle est dans son rapport au autres, pour l’accompagner à se faire une représentation de la stigmergie et comment elle pourra naviguer en son sein.
Un tiers-lieu physique sans conciergerie risque à mon sens de tomber dans l’étiquette de coquille vide: un tiers-lieu c’est les gens qui le composent qui le fabriquent.

Des outils pour fonctionner ensemble

La vie à plusieurs, dans un couple, dans une famille, dans une association, dans une entreprise, dans un tiers-lieu, vient faire de plusieurs individus un collectif.

A l’usage j’ai compris que l’individuel dialogue en permanence avec le collectif.

Dit autrement, à la fois:

  • l’individu contribue à donner la couleur/ la forme du collectif parce qu’il est l’un de ses composants.
  • le collectif dans les interactions d’individu à individu qu’il génère impact l’individu dans son intérieur/ dans sa psyché

Alors parfois les ailes se frottent d’un peu trop près, les étourneaux se percutent, la cocotte minute explose. Afin de réguler des zones de frictions, il existe au 97 un temps de régulation qui s’appelle le billet d’humeur.
Cet outil est un temps pour que chacun puisse dire “moi je trouve, j’ai ressenti que tel ou tel comportement m’a fait du bien ou du mal”.
Un temps, un lieu où celui qui parle n’est pas interrompu par ceux qui écoutent. Il signifie quand il a fini de parler.
Celui qui écoute peut rebondir sur ce qu’a dit l’autre uniquement pour parler de lui “tiens ça me fait penser à moi dans tel ou tel moment de ma vie”.
Interdiction de jugement négatif sur celui qui a parlé, ni sur personne d’autres d’ailleurs.
Celui qui a écouté se questionne en lui même de comment il peut ou pas bouger ses comportements en fonction de ce qu’il a compris pendant l’écoute. Pas de protocole ou de solution de type “la prochaine fois on fait comme ça” pas de protocole à créer. L’objectif de la non création de protocole est de garantir à chacun la possibilité de rester dans sa zone individuelle qui lui convient.

Je vous donne un exemple: j’aime trouvé la vaisselle faite le matin en arrivant au tiers-lieu. En billet d’humeur me voici à signifier mon agacement face à ce comportement que je trouve répétitif de vaisselle sale le matin. Il se trouve que Nicolas lui, aime pas faire la vaisselle le soir, ça le dérange quand il se sent la pression de la faire. Alors lors de mon billet d’humeur il écoute et voit en conscience comment il peut bouger légèrement par rapport à mon besoin. Il ne se fait pas violence pour espérer convenir à la représentation qu’il s’est fait de mon besoin. L’effet cocotte minute côté Nicolas est donc évité. De plus j'ai remarqué que parfois, le matin, il est devant l'évier et nettoye les petits restes de vaisselle de la veille.
A l’usage j’ai pu vivre comment ces temps ont permis de réagencer l’espace entre les oiseaux d’une manière incroyable: chacun prenant en compte la parole et le besoin de l’autre sans s’infliger un protocole allant à l’encontre de ses besoins propres.

Au “97” au delà des êtres humains qui occupent cette fonction, nous utilisons une suite de logiciel libre et open source, comme soutien numérique à la conciergerie.

Y a pas mal d'autres outils, je m'en vais écrire dessus. Mais rien ne vaut le fait de le vivre. Alors vient faire ton tiers-lieu, partager un repas et on en papote en vrai.

Pour conclure:

Le fonctionnement en stigmergie permet:

  • à la fois la liberté de mouvement emmenant une idée à sa réalisation à une vitesse incroyable
  • invite chaque personne à se positionner en conscience/ en responsabilité pour maintenir le commun en état d’être partagé avec les autres propriétaires d’usage

L’organisation qui est guidée par l’idée et l’usage permet une création de valeur et un retour d’une partie de valeur fiduciaire captée pour entretenir la pérennité du Commun.

Christine Dornier | facilitatrice | Tiers-lieu “le 97” | Besançon

Le billet d'humeur
Un temps où l'individuel dialogue avec le collectif