Note liminaire
Ce texte est une contribution citoyenne. Il rassemble des informations issues de sources publiques sur le fonctionnement de la comptabilité en France. Comme tout travail de synthèse, il peut comporter des lacunes ou des imprécisions. Chacun est libre de consulter les sources officielles pour vérifier, compléter ou amender ces éléments.
Parce que l’argent, c’est comme une recette de cuisine : les ingrédients sont les mêmes (ce qui rentre, ce qui sort), mais selon que vous cuisinez pour 4, 40 ou 4 000 personnes, la taille de la casserole change… et le jargon aussi !
Introduction : On parle tous d’argent, mais pas avec les mêmes mots
Imaginez une soirée entre amis :
- Vous (en mode parent) : « Ce mois-ci, j’ai dépensé 300€ en courses. Où est passé mon salaire ? »
- Votre pote entrepreneur : « Moi, j’ai un bénéfice net de 5 000€, mais après amortissement et TVA déductible, il me reste… euh… »
- Votre cousin élu local : « Nous, on a un BP de 12M€ avec un RF de 200K, mais grâce à une AE reportée, on va s’en sortir. »
Résultat : vous parlez tous d’argent, mais on dirait trois langues étrangères. Pourtant, au fond, c’est toujours la même histoire : l’argent rentre, l’argent sort, et on essaie de ne pas finir dans le rouge.
Cet article est votre dico de survie pour comprendre enfin ce que veulent dire tous ces mots bizarres. Parce que, spoiler : on parle tous du même billet de 50€, juste avec des costumes différents.
1. Le B.A.-BA : ce qui rentre, ce qui sort
Le vocabulaire de base (version épurée et complète)
| Concept universel | Compta familiale | Compta d’entreprise | Compta publique | Traduction humaine |
| Argent qui rentre | Salaire, allocations, revenus annexes (locatifs, pensions) | Chiffre d’affaires, subventions, produits financiers | Recettes fiscales, dotations, subventions publiques | « Ce que je gagne » |
| Argent qui sort | Loyer, courses, factures, abonnements | Charges (salaires, fournisseurs), investissements, impôts | Dépenses de fonctionnement, investissements, remboursement de dette | « Ce que je dépense » |
| Budget prévisionnel | Liste de courses, enveloppes budgétaires | Budget prévisionnel, plan de financement | Budget primitif (BP), budget rectificatif | « Ce que je prévois de dépenser » |
| Bilan de fin d’année | Relevé bancaire, historique des comptes | Compte de résultat, bilan comptable | Compte administratif (CA) | « Ce que j’ai vraiment fait » |
| Preuve de paiement | Ticket de caisse, facture, quittance | Facture, bon de commande, relevé bancaire | Mandat de paiement, titre de recette | « La trace écrite » |
| Épargne/Dette | Livret A, crédit, prêt immobilier | Trésorerie, emprunt bancaire, dette fournisseurs | Report de crédit, emprunt public, dette à long terme | « Ce qu’il me reste (ou me manque) » |
| Projet exceptionnel | Vacances, voiture, travaux | Investissement (machine, local), R&D | Dépense d’investissement (école, infrastructure) | « Un gros achat » |
Exemple concret :
- Chez vous : « +1 200€ (salaire) – 800€ (loyer/courses) = 400€ ».
- En entreprise : « +10 000€ (ventes) – 8 000€ (salaires, loyer) = 2 000€ de bénéfice (avant impôts) ».
- En public : « +1M€ (impôts locaux) – 900 000€ (écoles, routes) = 100 000€ d’excédent (ou de déficit). »
2. Zoom sur chaque univers
A. La compta familiale : « Mon argent, mes règles »
- Outils : Un carnet, un tableau Excel, ou l’appli de votre banque.
- Règles : Aucune, sauf « ne pas finir à découvert » (en théorie).
- Piège : Le « reste à vivre » mystérieux qui disparaît en « dépenses diverses » (aka les cafés et les envies).
- Exemple :
« Vous notez : “+1 200€ (salaire) – 800€ (loyer/courses) = 400€”. Si vous dépensez 500€, vous êtes dans le rouge. Simple. »
B. La compta d’entreprise : « L’argent des autres »
- Outils : Logiciels ERP comme Sage ou Ciel, souvent encore Excel (ou Odoo, si vous êtes malin).
- Règles : Il faut justifier chaque euro, payer des impôts, et faire plaisir aux actionnaires. Sinon, c’est la faillite.
- Vocabulaire à connaître :
- « Amortissement » = « Étaler le coût d’un ordinateur sur 3 ans, parce qu’il ne se déprécie pas en un jour. »
- « TVA » = « L’impôt que vous collectez pour l’État, mais que vous ne gardez pas (dommage). »
- Exemple :
*« Une entreprise note :- Produits (ventes) : +10 000€
- Charges (salaires, loyer) : –8 000€
- Bénéfice : 2 000€ (avant impôts).
Si elle dépense 2 500€, elle puise dans sa trésorerie ou emprunte. »*
C. La compta publique : « L’argent de tout le monde »
- Outils : Logiciels spécialisés (Chorus, ERP territoriaux), souvent encore Excel, comptes administratifs.
- Règles : Tout est voté, tout est contrôlé, et tout doit être traçable. En théorie.
- Vocabulaire à connaître :
- « Autorisation d’engagement (AE) » = « Je réserve 50 000€ pour refaire l’école, mais je ne les dépense pas tout de suite. »
- « Crédit de paiement (CP) » = « Je paie vraiment les 50 000€ à l’entreprise qui fait les travaux. »
- « Reste à financer (RF) » = « Il me manque 10 000€, je dois emprunter ou reporter. »
- Exemple :
*« Une mairie note :- Recettes (impôts locaux, dotations) : +1M€
- Dépenses (écoles, routes) : –900 000€
- Excédent : 100 000€ (ou déficit, selon l’année).
Mais attention : on ne peut pas dépenser l’excédent comme on veut (merci les règles de la compta publique). »*
Pourquoi trois langages pour une même chose ?
Une question d’Histoire
- la comptabilité publique française trouve son origine dans les réformes post-Révolution (décrets de 1790-1791), qui ont structuré le Trésor public et instauré la séparation des rôles entre ordonnateurs et comptables, avant d’être modernisée tout au long du XIXe siècle.
En savoir plus sur l’historique de la comptabilité publique - La comptabilité privée en France s’organise dès 1807 avec l’obligation légale de tenir des livres, mais reste empirique. Au XIXe siècle, manuels et écoles (comme celle de Pigier en 1850) forment les praticiens, avant que la profession ne se structure avec la création de l’Ordre des experts-comptables (1942). La normalisation s’impose après 1945, malgré les réticences des entreprises.
En savoir plus sur l’historique de la comptabilité publique - La comptabilité de famille, ça trouve son origine chez ta grand-mère.
Une question d’Enjeux qui diffèrent :
- Familial : « Pouvoir payer son loyer, pas finir à la rue»
- Privé : « Faire des profits (sans tricher). »
- Public : « Rendre des comptes aux citoyens (en théorie). »
3. Le cas pratique : suivre 1€ dans les trois mondes
| Étape | Votre argent (familial) | Entreprise | Argent public (votre impôt) |
| 1. L’argent arrive | +1€ (salaire) | +1€ (vente) | +1€ (impôt local) |
| 2. On décide | « J’achète du pain » | « On achète des fournitures » | « 1. On vote en conseil municipal » |
| — | — | — | « 2. On réserve 1€ (AE) » |
| — | — | — | « 3. On signe un contrat (engagement) » |
| — | — | — | « 4. On ordonnance le paiement » |
| — | — | — | « 5. On paie enfin (CP) » |
| 3. On vérifie | Relevé bancaire | Facture + bilan | « 6. On archive le mandat » + « 7. On publie le compte administratif » + « 8. On se fait contrôler » |
| Résultat | « Plus que 0€ » | « Solde : 0€ » | « 1€ dépensé… après 5 étapes, 3 documents et 2 validations. » |
Conclusion : la compta, c’est comme votre carnet de comptes
- Chez vous : Vous notez ce qui rentre, ce qui sort. Si le solde ne va pas, vous ajustez. Rien de sorcier.
- En entreprise : On utilise des mots comme “bilan” ou “trésorerie”, mais l’idée reste la même : équilibrer les entrées et les sorties.
- Dans le public : Les termes changent — “budget primitif”, “compte administratif” —, mais la base est identique : de l’argent entre, de l’argent sort.
Ce qui compte, c’est de savoir qui paie, qui reçoit, et pour quoi faire. Les mots peuvent sembler techniques, mais la logique est toujours la même.
Et c’est accessible à tous : avec un peu de patience et des explications claires, chacun peut suivre l’argent public. Parce que, au fond, c’est une histoire de bon sens et de traduction d’un vocabulaire d’un champs à l’autre.
Prochain épisode : “Les subventions entre l’État et les collectivités : comment ça circule, et pourquoi c’est parfois si difficile à démêler ?”
(Parce que comprendre, c’est déjà pouvoir agir.)
Christine Jeudy | Psychanalyste | Besançon