Christine Jeudy
À propos de mon travail
Je travaille depuis la rencontre et depuis ce que les personnes apportent. J’avance à partir d’un trouble, d’une question ou d’un vécu qui demande de l’attention. Cette dynamique guide les diagnostics par le bas, les Apéros Politiques du 97, mes entretiens individuels en psychanalyse et la fonction de conciergerie.
Dans les démarches collectives, je m’appuie toujours sur la présence d’au moins une autre personne, et très souvent le groupe entier trouve son propre mouvement. Je participe au même niveau que les autres, avec une attention particulière portée au cadre, aux liens et au rythme. L’espace s’organise grâce aux voix présentes, à leurs résonances et aux ressources que chacun apporte. Ma place soutient ce mouvement, sans capter l’initiative du groupe.
J’écoute les mots, les silences, les gestes, ainsi que les déplacements intérieurs ou collectifs. Je m’appuie sur la continuité, la transparence du cadre, la responsabilité partagée et l’accueil du sensible. J’offre une présence stable et j’encourage chacun à explorer son propre savoir et ses propres directions.
En individuel comme en collectif, ma manière de travailler repose sur un même geste : ouvrir un espace clair, accueillir ce qui apparaît, accompagner la circulation de la parole et soutenir les chemins qui se dessinent grâce aux personnes elles-mêmes. Mon travail crée des conditions favorables pour que la transformation émerge depuis l’intérieur des situations et des relations.
C'est à l'usage de ma pratique et de mes rencontres que j'ai construit mes compétences en facilitation. Mais au fait la facilitation c'est quoi? La facilitation est le mot que j'ai choisi pour parler de la fonction qui vient soutenir un dialogue permanent entre individuel et collectif.
J'exerce la facilitation dans des champs que je perçois comme complémentaires: du numérique, à la permaculture en passant par la psychanalyse. Je pratique la facilitation au quotidien au sein du tiers-lieu "le 97", rue Battant à Besançon.
La psychanalyse est une discipline que j'ai choisi d'exercer parce qu'elle me permet chaque jour de mieux me connaître et ainsi gagner en apaisement dans mon quotidien. C'est en comprenant le langage de mes rêves, voix/voie royale vers mon inconscient que je me suis trouvée moi même, à travers des morceaux de mon histoire et souvenirs refoulés souvent en lien avec mon origine. C'est ma pratique de lecture de mes propres rêves et leur compréhension qui me permet d'aider les autres à entendre les leurs.
Mon ancrage : le travail social et la parole comme matière première
Je suis entrée dans le travail social par le Diplôme d’État d’Assistante de Service Social, obtenu à l’IRTS de Besançon. Cette formation m’a ouvert un univers où la relation, la parole et le cadre institutionnel façonnent profondément la vie des personnes et les dispositifs qui les accompagnent.
Mes premières années : accueillir toutes les voix
Mes années en CHRS, en service médico-social et au CCAS de Besançon constituent les fondations de ma pratique. J’y ai accompagné des personnes en grande vulnérabilité et travaillé avec des équipes pluridisciplinaires. Très tôt, j’ai appris à articuler l’individuel et le collectif : écouter une personne dans son histoire singulière, tout en comprenant comment le groupe, l’équipe ou l’institution influencent sa trajectoire.
Groupe d’Entraide Mutuelle (GEM)
Occuper une place d'animation dans un GEM m’a appris la valeur d’un espace où chaque voix trouve une place légitime. J’y ai observé comment la parole, soutenue et accueillie, devient un appui réel pour les personnes.
Atelier Santé Mentale (ASM)
Ce réseau pluri-professionnel m’a permis de croiser les regards sur des situations complexes et de participer à la préfiguration du futur CLSM. J’y ai développé une sensibilité à la circulation des points de vue et à la construction collective du sens. Ces expériences ont forgé la base de mon positionnement : créer des cadres où la parole circule, où les perspectives se rencontrent, et où la complexité devient partageable.
Élargir le champ : des espaces dialogiques au cœur de ma pratique
À partir de cette expérience fondatrice, j’ai développé une manière de travailler centrée sur : la présence — l’écoute polyphonique — la co-construction du sens.
Aujourd’hui, j’accompagne des espaces où la parole se tisse et soutient une compréhension vivante des situations.
Le Tiers-Lieu Le 97
Tiers-lieu citoyen où habitants, professionnels, bénévoles et usagers se rencontrent. J’y soutiens des espaces où chacun parle depuis son expérience, dans un cadre souple et contenant, propice à la transformation des points de vue. Mon rôle : garantir une réelle horizontalité et maintenir un climat qui permet aux voix d’exister, même dans les moments de tension.
Diagnostic par le Bas – Quartier Battant
J’accompagne un processus où le territoire se lit à plusieurs voix. Habitants, acteurs locaux et professionnels élaborent ensemble une compréhension située. Ce travail met en valeur la richesse des récits croisés et renforce ma conviction que la connaissance émerge du dialogue et de la pluralité des regards.
Cahiers d’Expression Citoyenne
Au sein du tiers-lieu, j’anime une démarche innovante visant à rendre ces écrits accessibles : scan, transcription, relectures croisées, anonymisation, mise en ligne. Cette méthode, co-construite avec des universitaires, des Gilets Jaunes, des archivistes et des usagers, s’appuie sur les principes suivant :
- processus partagé
- traçabilité des étapes
- co-responsabilité
- fidélité aux mots déposés
L’enjeu : préserver la singularité des voix et permettre à d’autres territoires d’approprier cette méthodologie.
Apéros Politiques du 97
À partir des thématiques issues des cahiers, nous ouvrons des espaces de dialogue citoyen. Nous y apprenons à penser côte à côte, à laisser émerger des résonances, à écouter sans chercher la clôture. Ces rencontres invitent chacun à trouver sa place dans une dynamique collective vivante.
Ce que j’essaie de faire, au fond
Dans chacun de ces espaces, j’instaure un cadre solide, ouvert, propice à la parole et à sa capacité de transformer ce qu’elle touche. Je m’appuie sur une conviction : la compréhension naît du collectif, et les lieux où l’on parle vraiment possèdent une valeur rare et précieuse. J’agis pour créer ces lieux, les maintenir vivants, et soutenir les voix discrètes autant que les voix assurées.
Ce que je propose aujourd’hui
Analyse de la pratique — Facilitation — Espaces dialogiques — Projets citoyens
Dans tous ces formats, j’apporte :
- une présence stable
- une écoute attentive à ce qui cherche à se dire
- une attention fine aux mouvements du groupe
J’utilise les principes suivant : transparence, circulation de la parole, co-responsabilité, continuité.
Objectif : permettre aux équipes, collectifs et institutions de penser ce qu’ils vivent, de se repérer et d’ouvrir des possibles.
Une pratique en mouvement
Je m’oriente vers les mouvements vivants :
- la parole qui se libère lorsqu’elle trouve un espace
- les voix qui se répondent lorsqu’elles se rencontrent
- les collectifs qui se transforment lorsqu’ils regardent ensemble ce qui les traverse
Je me situe dans l’entre, dans ce qui relie, dans ce qui permet à chacun de reprendre place dans son histoire.
En quelques mots
Créer des espaces où l’on parle, créer des conditions où l’on pense, créer des cadres où quelque chose se transforme: c’est mon métier, c’est ma manière d’être au monde.